« mai 2005 | Accueil | juillet 2005 »
Knowledge@Wharton
Encore un site intéressant où on peut trouver des articles accessibles gratuitement, le site Knowlege@Wharton, qui comme son nom l'indique est publié par Wharton, l'école de commerce de l'université de Pennsylvanie.
Pas de thème privilégié, mais les domaines habituels sont couverts: stratégie, marketing, finance, entrepreneuriat, etc. Les articles anciens nécessitent une inscription gratuite (toujours idiot ce genre de choix des éditeurs).
Posted by Philippe Silberzahn on juin 30, 2005 at 08:00 AM dans Sites Web | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
"Le numérique fait des ravages dans la photographie traditionnelle"
A lire dans le Figaro Economie du 28 juin, une série d'articles sur la transition de la photographie argentique à la photographie numérique. Cette dernière est souvent présentée, à juste titre, comme l'archétype de l'innovation radicale. Il se passe rarement une semaine sans un article consacré aux difficultés de Kodak. Les articles du Figaro font le point sur ce qui est devenu "la déferlante numérique".
"Le numérique fait des ravages dans la photographie traditionnelle" : http://www.lefigaro.fr/eco-hitech/20050628.FIG0078.html?075354
"Malgré des pertes considérables, Hermès espère sauver Leica du pire" : http://www.lefigaro.fr/eco-hitech/20050628.FIG0084.html
"Samsung rêve de la gloire d'Harcourt" : http://www.lefigaro.fr/eco-hitech/20050628.FIG0083.html
"Chalon-sur-Saône sans Kodak" : http://www.lefigaro.fr/eco-hitech/20050628.FIG0085.html
Posted by Bernard Buisson on juin 29, 2005 at 08:00 AM dans Revues d'articles | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Pétition pour un Small Business Act
Dans la catégorie "Du concret pour l'innovation", signalons l'initiative du comité Richelieu de lancer une pétition européenne en faveur du Small Business Act. Le SBA est une loi qui impose à l'Etat américain de réserver une partie importante de ses achats à des PME (moins de 500 personnes). L'idée de base derrière le SBA est ainsi exposée: "la concurrence est le caractère essentiel du système économique américain. L'entrée libre sur le marché ne pourra être garantie que par une concurrence libre et entière. Le maintien et l'expansion d'une telle concurrence forment la base de la santé économique de la Nation."
2000 entreprises européennes ont un chiffre d'affaires supérieur à 100 millions d'euros contre 3200 aux Etats-Unis (malgré 100 millions d'européens de plus). Avec le Small Business Act, la croissance des PME américaines est dopée par près de 100 milliards de dollars de marchés attribués tous les ans par les Agences américaines.
Les pays européens ne peuvent pas mettre en place une telle politique car l'Union européenne a signé en 1996 l'Accord sur les Marchés Publics (AMP) de l'OMC qui interdit tout dispositif réservataire. Les Etats-Unis, également signataires, ont obtenu de pouvoir exclure les PME américaines du champ de cet accord. Sans rire!!! Il est incroyable que l'Europe ait accepté un tel passe droit.
L’objectif de la pétition est donc de
convaincre la Commission européenne de renégocier l’Accord sur les Marchés
Publics de l’OMC afin de ré-équilibrer les engagements entre l’Union européenne
et les Etats-Unis et rendre ainsi possible la mise en place d’un Small Business
Act en France et en Europe.
Vous pouvez signer la pétition sur le site suivant: http://www.hitech-sme.org/fr/ . SUN&SUP est une émanation de l'Union Européenne pour soutenir les PME.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 28, 2005 at 08:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Université de printemps de la FING "Internet et innovation" - Compte rendu
Voici, avec un peu de retard un compte rendu rapide de l'Université de printemps de la FING qui s'est tenue du 8 au 10 juin à Aix en Provence. Bernard et moi intervenions dans quatre séances. L'Université a commencé le mercredi 8 avec le fameux carrefour des possibles qui présente des projets innovants, certains industriels, d'autres de recherche pure ou de design. Etant arrivé dans les cinq dernières minutes (mais à l'heure quand même pour le buffet qui a suivi), je ne peux en dire plus, mais les projets sont présentés en ligne ici.
Les 9 et 10 a eu lieu l'Université proprement dite, avec une audience d'environ 150 personnes. Les thèmes abordés furent nombreux: y a-t-il une crise de l'innovation, innovation et pratiques sociales, pédagogie, innovation ascendante, design, territoires, ainsi que quelques séances de fond sur les concepts de l'innovation.
Dans "Cycles et rythmes de l'innovation", j'ai abordé la question de savoir si Internet permet d'innover mieux - à mon sens oui, mais il ne résoud pas les problèmes de fond de l'innovation dès lors qu'on examine les causes qui font qu'une organisation n'innove pas. Bernard de son côté a rappelé quelques fondamentaux de l'innovation: les ruptures successives dans une industrie (technologique, économique et d'usage) qui font qu'il peut s'écouler très longtemps entre une invention technique et l'innovation qui la traduit sur le marché de masse.
L'audience fut studieuse, les discussions de bon niveau, l'ambiance excellente, le cadre magnifique. Un regret: il aurait fallu plus d'industriels et de praticiens (il y en avait, heureusement); un sujet d'une telle importance mérite en effet une représentation de tous les acteurs, et pas seulement des observateurs de l'innovation. D'ailleurs, question à la FING: pourquoi ne pas renouveller cette initiative chaque année et la pérenniser?
Les videos des séances sont disponibles sur le site de l'Université. Le blog InternetActu contient également des retranscriptions détaillées des séances, très intéressantes.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 27, 2005 at 08:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Merci Tony!
On peut tout reprocher à Tony Blair, mais pas de ne pas poser les questions de fond. Et notamment lorsqu'il déclare à propos de l'Europe: "Nous ne voulons pas d'un budget qui continue à verser sept fois plus pour l'agriculture que pour la recherche-développement, la science, la technologie, la formation et l'innovation réunies." Qu'on ne l'accuse pas, comme le fait notre premier ministre, de vouloir comparer des choses non comparables: l'art du budget, c'est précisément cela, choisir des pommes ou des oranges, des vaches ou des centres de recherche. Décidément effronté, il déclare ensuite: "40% des dépenses vont dans la politique agricole,
un secteur où travaille moins de 5% de la population. Ce budget ne rend
justice ni aux besoins des citoyens ni aux défis de l'Europe". Eh oui... Après des décennies, il faut remercier le premier ministre britannique - qui lui est à la tête d'un pays dont les finances sont en bonne santé, qui compte deux fois moins de chômeurs que nous, et qui n'a pas perdu les trois dernières élections auxquelles il s'est présenté, d'ouvrir le débat sur l'Europe que nous voulons. Qu'on la conçoive simplement comme une zone de libre échange, ou qu'on souhaite qu'elle soit plus que cela, c'est à chacun d'en décider. Mais que l'on continue à subventionner le passé au dépend de l'avenir, chacun devrait être contre. Il est gravissime que la France bloque l'Europe et menace littéralement de tout faire exploser simplement pour défendre un tabou absolu, son lobby agricole, qui engloutit milliards après milliards, crevant de subventions qui, au passage, maintiennent des prix élevés pour les consommateurs, premières victimes des lobbies agricoles si chers à notre président. Pendant ce temps-là, les université meurent de faim et l'Anvar n'a pas d'argent. Tels que nous sommes partis, la France défendra ses agriculteurs jusqu'au dernier industriel. Pourquoi pas, après tout? Il nous restera ensuite, lorsque nous n'aurons plus ni industrie ni recherche, à gérer des gîtes ruraux et des fabriques de fromage de chèvre.
Du haut de notre faillite absolue, quelle leçon pouvons-nous donner aux autres pays? Comment pouvons-nous expliquer sérieusement aux pays de l'Est, tout juste libérés du joug soviétique, que le marché, c'est le mal absolu, alors qu'ils connaissent depuis leur libération un enrichissement considérable? Bien sûr, on peut reprocher à la Grande Bretagne de toucher son chèque de ristourne, ce qui manque de solidarité. Mais quand on est en tel désaccord avec l'usage qui est fait de vos impôts, n'est-ce pas là légitime? Le problème est donc plus de mieux dépenser de l'argent que d'en obtenir plus. Carrément désagréable, Blair ajoute: "Il nous faut comprendre pourquoi certaines économies en Europe créent des emplois et d'autres non." Personne n'est visé, naturellement. Enfin, il conclut: "l'argent de l'UE pour des emplois, pas pour des vaches", voilà qui devrait intéresser notre premier ministre, non?
L'article de Libé sur les déclarations de Tony Blair: http://www.liberation.fr/page.php?Article=305893.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 23, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack
Agence de l'innovation industrielle: deux fois plus bête
Dans la ferme des animaux, l'ouvrage inoubliable de George Orwell qu'on devrait s'imposer de relire tous les ans, les animaux prennent le contrôle de la ferme. Chaque fois que les choses empirent, les chevaux concluent qu'il faut travailler plus dur. Mais surtout ne pas changer de méthode. Avant même que l'AII ait montré son inanité, le nouveau premier ministre vient de doubler son budget, qui passe de 500 millions à 1 milliard d'Euros. Ca fera donc 500 millions d'Euros de gaspillés en plus. 500 millions pour des "grands" projets comme on les aime en France. Tous ceux qui ont monté de tels projets, ou participé au montage de tels projets, savent le gaspillage qu'ils entraînent. Bien sûr, notre premier ministre a pris soin de souligner qu'il fallait "s'assurer que les PME puissent bénéficier au côté des grands groupes de la part qui leur revient." Voilà, vu de Matignon, l'économie vue comme une grande distribution de sucreries avec chacun la "part qui lui revient" de subsides. Les grandes entreprises française se lanceront à l'assaut du gâteau comme elles savent si bien le faire - plutôt qu'aller en Chine chercher de nouveaux clients - et laisseront quelques miettes à des PME qui perdront elles aussi leur temps à courir la subvention et cirer les pompes au lieu de trouver des clients.
Feu d'artifice final, le premier ministre, qui a probablement découvert l'économie il y a quelques semaines, a déclaré: "Nous devons être en mesure de financer facilement et dans des délais rapides de grands projets technologiques. Ce sont eux qui porteront le dynamisme de l'industrie française de demain. Ce sont eux qui attireront dans notre pays les meilleurs chercheurs et les ouvriers les plus qualifiés." Miracle, il suffisait de le vouloir et d'appuyer sur le bon bouton pour que le dynamisme de l'industrie française soit assuré. Quand on pense que Raffarin n'a pas trouvé le-dit bouton. Non monsieur Villepin, personne ne pense plus que ce sont les grands projets qui assureront le dynamisme industriel de la France. Au contraire, ils l'étouffent. Ce dynamisme sera assuré par un tissu industriel vivant et diversifié, composé d'entreprises performantes de toutes tailles. Chacun sait en effet que le dynamisme français est aujourd'hui pénalisé par la faiblesse des PME. L'action de l'Etat doit donc consister à aider à faire emerger cet écosystème, pas à subventionner les mastodontes. Avec 500 millions, l'AII se trompait d'époque. Avec 1 milliard, elle se trompe doublement d'époque.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 22, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Blog citoyen en procès aujourd'hui
Christophe Grébert, animateur du blog monputeaux.com, passe en procès aujourd'hui pour diffamation. Rappelons que Christophe est un habitant de Puteaux qui "a décidé de l'ouvrir", selon ses propres termes, à propos de la gestion de l'équipe municipale, laquelle a peu apprécié la chose. Il serait naïf de penser qu'une condamnation rendrait silencieux les blogs citoyens, mais cela n'empêche pas le personnel politique d'essayer de bloquer cette innovation majeure.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 21, 2005 at 08:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
Innosight, le site de Clayton Christensen
Clayton Christensen, professeur à Harvard Business School, spécialiste américain de l'innovation, n'a pas échappé au destin des auteurs de livres de management à succès en voie de "gourou-isation" accélérée: il a créé sa société de conseil et est, parait-il, submergé par les demandes. Une démarche qu'avaient déjà, en leur temps, eue Gary Hamel (Strategos), Michael Porter (Monitor) et beaucoup d'autres. Innosight, c'est le nom de la société, est donc, sans surprise, une société de conseil en stratégie de l'innovation fortement basée sur les ouvrages de Christensen, "The innovator's dilemma", "The innovator's solution
" et "Seeing what's next
", qui font désormais référence dans le domaine.
A part les rubriques classiques d'un site Web d'entreprise, le site offre un accès à une Innovation library où l'on peut accéder à des articles parfois très intéressants sur l'innovation avec des thèmes comme le processus de développement d'une stratégie, ainsi que des essai d'application des théories de Christensen à diverses industries: commerce électronique, services financiers, Internet, etc.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 20, 2005 at 08:00 AM dans Sites Web | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Un obstacle au micro-entrepreneuriat
Un mien ami retraité, très actif dans le domaine de l'art, se voit régulièrement proposer d'organiser des expositions et autres ateliers par diverses administrations. Cela entraîne des frais importants pour lui. Impossible cependant de se faire rembourser par les-dites administrations, qui en revanche peuvent lui payer une prestation. Mais impossible pour lui de recevoir cet argent: il faudrait pour cela qu'il prenne un statut juridique d'indépendant (profession libérale), ce qui entraînerait immédiatement 5.000 Euros de charges sociales. Autant dire que c'est hors de question. Résultat des courses: plus d'expos. Tout le monde est perdant.
Ne serait-il pas possible pour tout citoyen de facturer une certaine somme avec une franchise de charges et surtout sans devoir adopter un statut juridique? Pourquoi ne pas encourager cet entrepreneuriat amateur (casual entrepreneurship)? La collectivité pourrait ainsi bénéficier de l'implication et de la contribution d'acteurs (notamment retraités, mais aussi actifs) qui ne souhaitent pas pour autant forcemment créer une entreprise. La multi-activité reste encore aujourd'hui difficile en France car nos systèmes de contrôle aiment les situations nettes et claires: on est employé, indépendant ou retraité, point. Or cette catégorisation ne correspond plus à une société beaucoup plus fluide, où l'initiative doit pouvoir être encouragée.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 17, 2005 at 08:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Marketing des hautes technologies: Chasm Group & Geoffrey Moore
Dans un post précédent, nous avions parlé de Geoffrey Moore, auteur de plusieurs best sellers, dont Crossing the Chasm, Inside the Tornado (Dans l'oeil du cyclone en français), et Living on the fault line (Sur la ligne de faille en français), sur le marketing stratégique des technologies radicales. Si l'innovation high-tech vous intéresse, la lecture de tous ces livres vaut vraiment la peine. Dommage L'oeil du cyclone ne soit pas trouvable en France (rien sur Amazon, Fnac et Lavoisier).
A la suite du succès de ses livres, Moore a - très classiquement - créé sa propre société de conseil, appelée The Chasm Group, spécialisée dans les startups de haute technologie (biotech et informatique). Le nom de Chasm (gouffre) vient de la difficulté pour une startup de passer le cap des premiers clients de son nouveau produit. Depuis, Moore a ajouté TCG Advisors, une société de conseil en stratégie s'adressant à de plus grandes entreprises, mais toujours dans les domaines high-tech. Le concept a ensuite été décliné avec The Chasm Institute, qui organise des séminaires et formations en stratégie et marketing, sur la base de l'ouvrage The Chasm companion, sorte de guide pratique écrit par Paul Wiefels à partir des livres de Moore. Enfin, Moore est également associé d'un fonds d'investissement en capital risque, Mohr Davidow Ventures.
A noter, sur le site the TCG advisors, une Library contenant plusieurs documents intéressants de marketing et stratégie téléchargeables gratuitement, et une newsletter elle aussi gratuite.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 15, 2005 at 08:00 AM dans Sites Web | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Interaction entrepreneur - URSSAF
Allez, encore un post positif sur notre beau pays et sur son administration. Un mien ami, récemment créateur d'entreprise après avoir été un temps chômeur, se vit convoqué par l'ASSEDIC il y a quelques jours. Pour info, il est désormais possible de continuer à percevoir les allocations chômeur lorsque vous créez une entreprise, le législateur ayant compris que l'on mettait parfois un certain temps avant de devenir riche de la sorte. Sauf que mon ami avait démarré en fanfare en explosant les plafonds. D'où convocation à l'ASSEDIC. Un temps inquiet, il se retrouve en face d'une dame très gentille qui lui explique pleins de trucs intéressants sur comment optimiser ses cotisations, et à la fin lui délcare qu'elle prend un réel plaisir à travailler avec les créateurs d'entreprise, car elle sent une énergie et un optimisme qui la rend heureuse. Voilà. Mon pote en est ressorti un peu ébahi, en plus avec un versement promis de 190€ - il ne sait plus trop pourquoi mais une histoire d'ajustement.
Un pays où une employée de l'ASSEDIC fait preuve d'enthousiasme, d'efficacité et de gentillesse ne peut pas avoir tout faux...
Posted by Philippe Silberzahn on juin 13, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
La longue queue, un concept clé pour la stratégie, l'innovation et le commerce électronique
En octobre 2004 est paru un article important écrit par Chris Anderson, du magazine Wired, intitulé The Long Tail (la longue queue).
L'idée d'Anderson est qu'avec la dématérialisation des échanges apportée par Internet, toute offre croisera un jour une demande. Dans le commerce traditionnel, l'offre était en grande partie définie par sa capacité à rencontrer une demande, ce qui conduisait à la création de points de rencontre physiques: les magasins et places de marché. Comme le magasin ne peut pas physiquement contenir tous les produits possibles, et que l'espace physique est cher, l'économie réelle force l'offreur à limiter son offre aux produits les plus vendables. Ainsi, un supermarché ne mettra un CD en vente que si celui-ci peut se vendre à au moins 100.000 exemplaires. En deça, il n'est pas rentable. L'implication pour l'acheteur est évidente: l'économie est dirigée par l'offre, qui est de facto rationnée. Le choix se restreint aux produits cultes, et ceux qui souhaitent éviter le tout venant n'ont pas de solution. Une telle frustration est particulièrement évidente dans l'industrie musicale qui a poussé à fond la starisation, investissant des sommes colossales sur un petit nombre de "vedettes" auxquelles il est difficile d'échapper. Le commerce traditionnel est donc basé sur l'exploitation de la distribution de la demande vue comme une courbe normale, consistant à servir la partie centrale, en oubliant les côtés.
Internet change tout cela: en changeant l'équation économique, le commerce électronique rend possible les niches. Toute offre peut ainsi rencontrer une demande, et donc toute demande peut devenir rentable, si faible soit-elle. On voit ainsi des sites de distribution de musique ou de films briser la distribution normale et faire plus de ventes avec des titres supposés marginaux qu'avec des hits.
Le longue queue signifie que toute présence sur Internet sera détectée un jour. Si vous êtes spécialiste de décorations militaires bulgares, votre site Internet finira certainement par concentrer les passionnés. Est-ce que pour autant vous pourrez en tirer profit? Anderson ne le dit pas.
L'article de Chris Anderson a été traduit en français par Natasha Dariz et Daniel Kaplan (FING) en avril dernier et est disponible sur le blog Internet-Actu sous le titre La longue queue. L'article original The long Tail est disponible sur le site de Wired.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 10, 2005 at 08:00 AM dans Revues d'articles | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
SNCF: L'innovation à rebours
Subrepticement, la SNCF a commencé à déployer de nouvelles bornes automatiques de ventes de billets. On se souvient du chaos qui avait accompagné par le lancement de SOCRATE en 1993 (voir le rapport de la cour des comptes), le premier système de réservation de la SNCF avec ses premières bornes automatiques. Le vieux rêve de la SNCF est d'imposer la réservation universelle, et rapprocher le train de l'avion, plutôt que du métro. L'idée est que plus la réservation se répand, plus la SNCF peut planifier son trafic. En bon gestionnaire, au moins sur le papier, la SNCF essaie donc systématiquement de généraliser la réservation. Ce-faisant, l'entreprise nationale ignore un certain nombre de règles élémentaires tant de l'économie, que de la psychologie et plus généralement de l'innovation.
- Economie et psychologie d'abord: en rendant la réservation gratuite, la SNCF a commis une erreur grave. Tout voyageur s'en sera rendu compte en arrivant dans un train que, désormais, de nombreuses places sont réservées, et vides. Toute ressource gratuite entraîne l'abus d'utilisation, une dérive bien connue des économistes qui lui donnent le doux nom de tragédie des communes. Y a-t-il des économistes à la SNCF? Un DEUG suffirait pourtant. Comme cela ne coûte rien de réserver, et qu'on y est même encouragé par les employés de la SNCF, on réserve, et puis on voyage un autre jour, ou tout simplement à une autre place. Double impact: on bloque un siège pour un autre passager, et on se retrouve sans siège soi-même. Ajoutons également l'impact pour le système de réservation de la SNCF, autrefois utilisé de manière limitée, et financée par les suppléments, et aujourd'hui généralisé, sans source de financement.
- D'innovation ensuite: sur les bornes actuelles, que j'utilise chaque semaine, je peux prendre mon billet en exactement huit pressions de boutons et moins de trois minutes. Le système ne me demande pas de réservation. Je prends mon billet non daté, je paie, et c'est terminé. Un peu en avance l'autre jour, je me suis décidé à essayer les nouvelles bornes. D'abord, la lenteur est effrayante. On ne sait jamais si le bouton a été pressé ou non. Ensuite, implacable, le système demande une date de départ, et une date de retour. On passe donc à un nombre d'étapes au moins doublé. J'ai abandonné en cours de route après plusieurs minutes pour revenir à une ancienne borne.
On pense que le progrès va toujours dans le bon sens: les choses deviennent plus simples, les concepteurs de système passent du temps avec les futurs utilisateurs, prennent en compte leurs besoins. On pense que le chercheur Eric von Hippel a raison quand il explique que l'utilisateur est au coeur de l'innovation. On devrait ainsi pouvoir prendre un billet de train en quelques instants, sans remplir un dossier complet. Mais pas à la SNCF, qui semble avoir une conception différente de l'innovation: être au service de sa conception du voyage, pas des besoins de ses clients. A quand les ailes aux trains pour vraiment ressembler à des avions?
Posted by Philippe Silberzahn on juin 9, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack
Blog innovation et création d'entreprise en Normandie
Exprimons un peu de solidarité régionale et parlons de la Normandie (où se trouve le siège de Digital Airways.) Voici un blog bien intéressant, celui de Simon Iritsen, intitulé "Innovation et création d'entreprise" et dont le but est de promouvoir la Normandie, l'innovation, la création d'entreprise et les meilleurs organismes régionaux de soutien comme Normandie Incubation. C'est vrai qu'il se passe pas mal de choses en Normandie, après la difficle période des années 70-80 qui a vu la disparition des industries traditionnelles (sidérurgie, automobile, électro-ménager). Des initiatives entrepreneuriales (Simon mentionne les entreprises incubées par Normandie Incubation), un pôle de compétitivité Transaction Electroniques, etc.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 8, 2005 at 08:00 AM dans Weblogs | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Jeanneney contre Google
Tâchons de ne pas rire et d'essayer de brosser un tableau aussi objectif que possible de la grande bataille qui s'annonce, la mère de toutes les batailles: Jean-Noël "Battling" Jeanneney contre "Master" Google. Oh et puis non. Pour une fois, rions franchement.
Ainsi donc, la France a mandé Jean-Noël pour lutter contre l'empire Google. Pour ceux qui vivent sur la planète mars, on rappellera que Google, roi des moteurs de recherche et de facto mémoire du Web, que cela plaise ou non, vient de lancer un nouveau projet appelé Google print consistant à numériser les livres de la planète pour en offir l'accès au monde. Un vrai scandale. Avant, au moins, les livres étaient dans des bibliothèques bien protégées par des cerbères poussiéreux, et seuls les gens sérieux pouvaient y accéder. Si vous vous êtes rendus une fois à la grande bibliothèque de France, peut-être avez-vous eu droit à l'examen de passage des bibliothécaires qui décident si vous êtes un professionnel et si vous avez le droit d'accéder à la chambre funéraire. Si vous passiez par là et que vous vous disiez "J'ai une heure à tuer, je feuilleterais bien une fable de la Fontaine", n'y comptez pas.
C'est cette approche fermée que menace Google avec son projet. Rendre tous les livres lisibles en ligne, sans demander l'autorisation, voilà le projet, et il est scandaleux. Surtout parce que Google est une entreprise basée aux Etats-Unis, notre nouvel ennemi.
Dans un livre intitulé "Quand Google défie l'Europe" paru en avril dernier, Jeanneney tente de secouer l'apathie européenne face au dynamisme de Google. Louable en soi, la démarche devient plus inquiétante lorsque sont dévoilées les mesures préconisées. Ne faisons pas durer le suspens, elles ne surprendront personne tant c'est devenu une habitude en France: il faut d'urgence - devinez quoi - un effort de l'Etat - mais oui - et même de l'Union Européenne - politiquement correct - pour engager un vaste effort de numérisation du fonds européen. Mais ce n'est pas tout. Il faut aussi que l'Europe crée son propre moteur de recherche mondial. Car c'est vrai quoi, un moteur de recherche privé américain, c'est insupportable.
Allons plus loin. Il faut d'urgence créer un commissariat à l'information doté de 500 millions d'Euros. Ce commissariat aura pour tâche:
- De développer un Web enfin sérieux, débarrassé de tout mensonge américain;
- De développer un moteur de recherche Web; ce moteur aura pour mission de présenter à l'inernaute des résultats français, et éventuellement européens à condition qu'ils soient en langue française. La société Bull, leader français de l'informatique, et habituée aux projets stratégiques, sera chargée du projet.
- De numériser tous les livres français, de les stocker à la BNF, et d'en interdire l'accès, sauf aux professionnels dûment accrédités.
Ce commissariat sera doté d'un bureau politique chargé de valider les contenus et de s'assurer qu'ils ne sont pas anti-français. Il travaillera en étroite collaboration avec le ministère de la guerre économique et la cellule d'intelligence économique détachée auprès du Premier Ministre. Il formera des officiers seuls habilités à effectuer des recherches pour le compte des internautes, qui feront leur demandes motivées sur papier libre (prévoir un délai de trois semaines).
Nous avons raté le plan calcul, nous avons raté le Concorde, nous avons raté les biotechs, nous avons raté l'informatique, nous avons raté l'Europe, nous avons raté l'emploi, nous avons raté l'éducation, mais nous ne raterons pas Google.
Lire l'article de Libération: Quand Jeanneney défie Google. Toujours sur Libération, la réponse de Wladimir Mercouroff et Dominique Pignon: Pour un cyberespace du savoir qui estiment que les Etats devraient reprendre à leur compte l'initiative de Google au lieu de s'y opposer.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 6, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (6) | TrackBack
Université de printemps de la FING : "Innovation et Internet"
Rappelons que la FING tient son université de printemps du 8 au 10 juin et convie
chercheurs de tous horizons, entrepreneurs, acteurs publics, créateurs,
acteurs sociaux à réfléchir sur le thème « Innovation et Internet ».
L’innovation telle
qu’on en parle n’est plus seulement technique. Innovation de service,
de processus, innovation par l’usage, innovation sociale, innovation
incrémentale et de rupture... forment autant de facettes que les
recherches et les pratiques ont exploré ces dernières années.
Bernard et moi serons présents et nous animerons plusieurs sessions:
- Les conditions de l'e-innovation (Jeudi 9 juin, 11h30 - 12h45);
- Cycles et rythmes de l’e-innovation (Jeudi 9 juin, 14h30 - 16h30)
- Stratégies des grands innovateurs (vendredi 10 juin, 11h30 - 12h45);
- Atelier des innovateurs : créer son environnement d’innovation (Vendredi 10 juin, 14h30 - 16h15);
L’Université de Printemps aura lieu du 8 au 10 juin à la Beaume (Aix en Provence); je ne sais pas s'il reste des places; elle se prépare dès aujourd’hui en ligne: http://www.fing.org/universite/
Posted by Philippe Silberzahn on juin 3, 2005 at 08:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Salon européen dela recherche et de l'innovation: c'est aujourd'hui
Le Salon européen de la recherche et de l'innovation ouvre ses portes aujourd'hui. L'accès est gratuit, et de très nombreuses conférences sont organisées sur des thèmes très variés.
Pour plus d'info, visiter le site du salon.
Posted by Philippe Silberzahn on juin 3, 2005 at 01:44 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
La grille de lecture, un concept important en stratégie de rupture?
La réaction d'une organisation face à un changement profond de son environnement (rupture technologique, changement de régulation, etc.) fait l'objet depuis longtemps de travaux de recherche. Pour certains auteurs, un concept important émerge pour décrire cette réaction, celui de grille de lecture (frame en anglais). L'idée est que face à une rupture, l'organisation a besoin de repenser sa manière de voir le monde. Les anciens concepts ne fonctionnent plus, les concurrents changent, l'ambiguité est forte, etc. C'est par exemple Kodak qui prend de plein fouet la révolution numérique et doit transformer son métier de chimiste à informaticien et électronicien. Il s'agit donc en quelque sorte d'effacer l'ancienne grille de lecture et d'en recréer une nouvelle, qui permettra ainsi de guider une nouvelle stratégie.
La notion de grille de lecture est introduite par la littérature psychologique et cognitive, et elle s'applique fort bien à la stratégie. Parmi les travaux typiques et intéressant, citons ceux de Clarke Gilbert, professeur à Harvard, auteur d'une thèse sur la réaction de la presse écrite face à Internet qui montre bien l'évolution de la grille de lecture, forcée par la marche folle des événements (malheureusement, sa thèse n'est disponible qu'en papier). Gilbert est également l'auteur d'un working paper intitulé "Can competing frames coexist" où il montre que la difficulté de réaction d'une organisation face à une rupture n'est pas toujours due uniquement à un problème d'engagement (commitment) envers son environnement actuel qui l'empêche d'embrasser le changement (thèse promue par Clayton Christensen). Au contraire, la difficulté nait de la manière dont la rupture est perçue par l'organisation. Perçue comme une menace, la rupture entraîne une rigidification et une paralysie (threat rigidity). Perçue comme une opportunité, la rupture entraîne au contraire une réaction positive. Sur la notion de frame, on pourra également lire les travaux de Sarah Kaplan, professeur à Wharton, et auteur de "Framing contest: micro-mechanism of firm response to technical change". L'idée développée est que face à un "nouveau monde", le processus stratégique se ramène à une mise en concurrence de différentes grilles de lecture, d'abord au niveau individuel, puis au niveau du groupe, du département et enfin de toute l'organisation, dans une vision "partagée" mise à jour. La stratégie consiste donc à construire cette grille de lecture commune. Toujours de Sarah Kaplan, mentionnons un autre article intéressant sur le rôle du facteur cognitif dans la réponse de l'organisation face à une rupture, dans le cas particulier de l'industrie pharmaceutique: "Discontinuities and senior management - assessing the role of recognition in pharmaceutical firm response to biotech".
Posted by Philippe Silberzahn on juin 2, 2005 at 08:00 AM dans Théorie | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
Axel Ganz : "La presse est condamnée à innover pour réussir"
A 67 ans, Axel Ganz quitte la présidence du groupe Prisma Presse. A cette occasion, Le Figaro l'a interviewé, et ses messages à l'industrie de la presse sont clairs. A la question "Y-a-t-il une recette Axel Ganz ?", l'intéressé répond : "Il ne faut pas créer pour créer, mais créer pour réussir. La prospérité du titre est primordiale : l'indépendance de la presse passe par sa force économique. Pour se lancer, il faut apporter quelque chose de nouveau aux lecteurs. L'innovation est la clé de tout. En 1979, Géo a été le premier magazine tout en couleurs. En 1984, Femme actuelle a inventé un mode de lecture très différent qui a marqué toute une génération de presse. En 1991, Capital a imposé la couverture sommaire..."
Il y parle également des mutations que le secteur doit engager pour faire face à de nombreux changements: nouvelles technologies de l'information, nouveaux modes de consommation.
L'interview est disponible pour quelques jours sur le site du Figaro (mais passera ensuite en archive payante, à 4 Euros HT l'unité... ; internet est un concept encore un peu violent pour Le Figaro, et le titre essaye de dissuader ses lecteurs d'accéder aux archives via Internet. On devrait les inciter à afficher dans leur hall une phrase tirée de l'interview d'Axel Ganz "Une presse qui n'est pas accessible est une presse inexistante" ):
http://www.lefigaro.fr/eco-medias/20050531.FIG0247.html
Disponible également pour quelques jours un article qui résume la carrière d'Axel Ganz ("L'homme qui a bousculé le marché des magazines") : http://www.lefigaro.fr/eco-medias/20050531.FIG0246.html
Posted by Bernard Buisson on juin 1, 2005 at 08:00 AM dans Revues d'articles | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
