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Rupture par le bas, l'exemple de Landwind, la "lada" chinoise

Le propre des ruptures par le bas, c'est de démarrer en étant méprisé par le haut. Clayton Christensen, dans son livre "The innovator's dilemma", distingue en effet deux types de ruptures: D'une part, la rupture technologique, qui consiste à inventer un nouveau type de produit technologiquement très avancé et qui bouscule les autres produits. Le meilleur exemple de rupture technologique est l'iPod d'Apple. D'autre part, la rupture par le bas, qui consiste à attaquer un marché avec un produit simplifié et moins cher. En général, ce type de produit est aussi moins bien. Il est parfois même de qualité médiocre. Dans les années 70, le voitures japonaises étaient la risée des occidentaux: moches, simplistes et plutôt peu fiables. Mais elles n'étaient pas chères et n'imposaient pas à leurs acheteur des options qu'ils ne désiraient pas. Elles ont donc ouvert un segment qui était de plus en plus frustré par les offres de l'époque, constitué des gens qui voulaient une voiture simple et pas chère. Avec le temps, les voitures japonaises se sont améliorées, jusqu'à définir les standards de qualité après lesquels les constructeurs occidentaux courent toujours. Il y a donc une règle quasi intangible: une rupture par le bas est toujours traitée par le mépris par les acteurs en place, et quand ils se réveillent, c'est trop tard.
A lire la presse ces derniers jours, il se pourrait bien que les voitures chinoises soient en train de suivre le même chemin. Il y a quelques mois, on annonçait l'importation des premières voitures chinoises. Réactions immédiates des "spécialistes": ces voitures ne sont pas une menace pour les fabricants occidentaux, car leur qualité laisse à désirer. Mais ça n'a pas suffi car les premières voitures livrées sont parties comme des petits pains. On sort donc l'artillerie lourde, et l'on peut lire en ce moment un article du Monde où on nous dit que la Landwind, un tout terrain chinois, est en fait dangeureux. Sans rire, on nous explique même qu'elle devient mortelle à 64km/h. C'est peut-être vrai, mais cela n'empêche pas les clients de l'acheter - sont-ils bêtes; combien de temps les fabricants européens se berçeront-ils d'illusion? Progressivement, les chinois, comme leurs prédécesseurs coréens, et avant eux japonais, amélioreront la qualité de leurs voitures, et entameront leur remontée du bas de gamme vers le haut de gamme. Ca ne se fera pas en deux ans, mais durant cette période, ils peuvent largement s'installer dans un segment important et rentable, et en déloger les autres fabricants.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 30, 2005 at 07:00 AM dans Cas d'école | Permalink | Commentaires (7) | TrackBack

"Tu seras entrepreneur mon fils !"

A lire aujourd'hui en page 19 des Echos, une tribune co-signée par notre ami Alain Fayolle (Professeur à l'EM LYON et Président de l'Académie de l'Entrepreneuriat) et Emile-Michel Hernandez (Professeur à l'Université de Reims et Vice-Président de l'Académie de l'Entrepreneuriat). Ils rappellent que depuis plusieurs années, l'Académie de l'Entrepreneuriat (www.entrepreneuriat.com) s'efforce d'introduire et de développer l'enseignement de l'entrepreneuriat dans le système français, ce qui (surprise-surprise...) déclenche les protestations des défenseurs de notre incomparable système social. Alain Fayolle et Emile-Michel Hernandez l'écrivent sans détour ; eux et leurs comparses sont soupçonnés "d'avoir vendu leur âme au libéralisme et de vouloir introduire le loup de l'esprit d'entreprise dans la bergerie du système éducatif". On part donc d'assez loin... Mais les raisons d'espérer existent, et on ne peut que donner raison aux deux co-auteurs de cette tribune quand ils écrivent : "enseigner l'entrepreneuriat constitue plus qu'un droit, c'est un devoir".

Posted by Bernard Buisson on septembre 29, 2005 at 10:20 AM dans Revues d'articles | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

GooglePrint: une innovation radicale combattue comme telle

C'était prévisible, la plus importante association d'auteurs américains vient de porter plainte contre Google Print pour violation de copyright. Rappelons que Google Print a pour ambition de numériser des oeuvres et de les rendre accessible sur le Web. "Personne d'autre que les auteurs et les propriétaires de leurs droits ne peut décider si une oeuvre peut être copiée, et de quelle manière" déclare l'association, qui souhaite arrêter l'expérience. Ce que l'association oublie de dire, c'est que Google Print ne numérise des oeuvres qu'avec l'accord de leurs auteurs, et qu'en plus relativement peu du livre est montré à l'écran.
L'avantage de Google Print est de rendre facilement accessible des oeuvres qui sont introuvables ou rarement diffusées. On peut imaginer que Harry Potter n'ait aucun intérêt dans Google Print; mais si vous êtes auteur d'un dictionnaire d'argot ouzbek, Google Print est un moyen unique d'augmenter votre visibilité en bénéficiant de la "longue queue" du Web. En somme, l'establishment littéraire a tout à perdre avec Google Print, non pas parce que ses droits seraient mis en cause, mais parce que des auteurs "mineurs" auraient droit de cité. En somme, Google Print est une vraie innovation radicale, qui remet en question les leaders dominants - auteurs vedettes, bibliothécaires, éditeurs, tranquillement installés dans leurs monopoles; normal qu'ils réagissent violemment, mais on notera la dissymétrie: s'il est facile pour eux d'arguer de la violation de copyright, il est plus difficile pour les autres de soutenir Google en expliquant qu'ils souhaitent être "google-isés". Combien, en effet, sont les auteurs qui vivent de leurs droits? Très peu. La plupart souhaitent simplement diffuser leur oeuvre le plus possible, mais ils n'ont pas voix au chapitre. Google print est une tentative de démocratisation de l'accès au livre, et la polémique actuelle n'est pas sans rappeler celle qui avait fait rage il y a quelques années lorsque certains auteurs avaient demandé, sans rire, la fermeture des bibliothèques pour forcer les gens à acheter des livres.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 28, 2005 at 07:00 AM dans Cas d'école | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

L'innovation au CNAM: cycle de cours et conférences

A l'occasion de la reprise des enseignements, aura lieu le mardi 4 octobre la présentation des formations à la gestion de l'innovation du Conservatoire National des Arts et Métiers.

Lors de cette première conférence, le CNAM présentera les différentes unités d'enseignement spécialisées (gestion de l'innovation, marketing de l'innovation, financement de l'innovation, etc.) et les différents diplômes
délivrés. Mentionnons notamment les fameux "Mardis de l'innovation" animés par Marc Giget, une série de conférences débat sur les concepts clefs de l’innovation, la culture de l’innovation sous toutes ses formes, les meilleures pratiques d’innovation, présentées par les dirigeants des entreprises les plus innovantes à travers le monde, qui ont lieu les mardis soirs de 18h15 à 21h d’octobre à mai.

Cette présentation des cours et conférences se tiendra au Conservatoire National des Arts et Métiers, 292, rue Saint-Martin, Amphithéâtre C, de 18h15 à 21h15 le mardi 4 octobre.

Attention, il faut s'inscrire préalablement auprès de Sébastien Cancel: cancel (at) cnam (point) fr.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 27, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Hewlett Packard: l'Etat français en plein délire

Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Alors que Clara Gaymard, de l'Agence Française pour les Investissements Internationaux, parcourt le monde pour convaincre les investisseurs étrangers que la France est un bon endroit pour eux, voilà que le gouvernement donne le signal contraire en se lançant dans une guerre pichocoline avec Hewlett Packard. On sait que HP, dans une mauvaise passe, veut licencier environ 1.200 personnes en France. Evidemment, c'est un choc pour la région de Grenoble où l'entreprise américaine est installée depuis très longtemps. Il est normal que les autorités s'émeuvent d'un tel plan social et fassent leur possible pour en limiter les effets. On peut se demander toutefois si la méthode choisie par l'Etat français, Dominique de Villepin en tête, tout ému d'avoir à dire des choses dans un domaine dont il ignore tout, l'économie, est la bonne.
Tout d'abord, c'est Jacques Chirac, grandiloquent, qui menace de porter l'affaire auprès de la commission européeenne. Laquelle s'empresse de déclarer qu'elle est incompétente sur la question, ce que tout le monde, Jacques Chirac le premier, savait de toute façon. Fin de l'épisode "pétard mouillé", mais le message "voyez, j'ai tout essayé" est peut-être passé. Ensuite, c'est Dominique de Villepin, donc, qui menace de demander à HP de rembourser les aides à l'emploi. Pas bête, au fond: si on a donné des aides à l'emploi, et que l'entreprise licencie, il serait logique d'en demander le remboursement. Oui, sauf que nous sommes, encore pour quelques temps, dans un état de droit, et que si les autorités qui donnent ces aides ont fait leur travail, elles les ont données sur un certain nombre de critères dont on imagine bien qu'ils ont été respectés par HP. Ces aides sont dues, et comme on disait dans les cours de récré, "donner c'est donner, reprendre c'est voler".
Au delà de cette discussion crypto-juridique pathétique, on peut se demander si le gouvernement a réfléchi à l'image calamiteuse qu'il renvoie à la communauté internationale sur notre attitude envers l'investissement étranger. L'Etat français peut certainement jouer les bulldozers au mépris du droit, du bon sens et des principes pour obtenir gain de cause, comme il l'a montré vis à vis des groupes pétrolier sommés comme de vulgaires administrateurs appointés de baisser leurs prix, mais cette violence a un prix. Désormais, les investisseurs étrangers, voués aux gémonies et présentés en permanence comme des rapaces suçant le sang des bons français, y réfléchiront à deux fois avant d'investir en France. A l'heure ou Toyota crée un millier d'emplois dans le Nord - encore mille victimes de la mondialisation-, ça n'est pas rien. A l'heure où les groupes français multiplient les investissements à l'étranger, comme en témoigne le rachat d'Electrabel par Suez, cette attitude témoigne d'une hypocrisie malheureuse. Le gouvernement joue les apprentis sorciers en usant d'une xénophobie de moins en moins subtile, et nous en paierons le prix fort rapidement.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 26, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Taittinger, symbole de la politique industrielle française ?

Alors que la Commission Européenne vient de rappeler les limites de ses compétences moins de 24 heures après que Jacques Chirac ait fait appel à elle pour limiter les effets du plan européen de Hewlett-Packard, et quelques semaines après l'épisode Danone, un petit article paru la semaine dernière dans les Echos vient montrer à quel point les instances dirigeantes de ce pays, jusqu'au plus haut niveau, se trompent de combat.

Que lit-on à la une des Echos du 15 septembre dernier : "L'Elysée cherche une solution française pour Taittinger"... On y apprend que "La revente du champagne Taittinger (...) semble être l'occasion d'une nouvelle action des tenants d'un certain patriotisme industriel en France". On frémit évidemment en effet à l'idée que cet (excellent) champagne puisse passer sous un pavillon étranger. Heureusement, le sommet de l'Etat ne reste pas inactif : "Selon nos informations, l'Elysée aurait ainsi réuni certains membres de la famille Taittinger et le Crédit Agricole...". On se sent déjà mieux maintenant que l'on sait ce dossier traité au Château, par la crème de la République. Mais au fait, quelle est cette menace imminente qui plane sur un des fleurons de notre industrie, un de ceux qui vont à coup sur permettre à la France de garder son rang au XXIème siècle ? Il suffit de lire la suite pour découvrir l'identité de LA menace : "...pour essayer de monter un tour de table permettant de faire échec à l'appétit du financier belges Albert Frère et de ses alliés" !

On croit rêver ! Autant on aimerait lire de temps en temps ce genre d'article humoristique dans les Echos, un 1er avril par exemple,autant on sent bien que mi-septembre, tout ça est très sérieux : le champagne Taittinger est menacé par un financier belge ! Voilà de quoi mobiliser les français autour de l'idéal du patriotisme économique...

Nous avons déjà dit à maintes reprises ce qu'on pensait de l'approche technocratique qui a été adoptée en matière d'innovation à l'occasion de la création de l'Agence pour l'Innovation Industrielle. En favorisant les grands groupes, l'Etat fait fausse route pour ce qui est de créer les emplois de demain. C'est en créant les conditions favorables à l'éclosion de milliers de start-ups que la France pourra re-créer des emplois. Microsoft et Google ne sont pas nés dans les laboratoires de R&D d'un grand groupe.

Les récents épisodes dans lesquels l'Etat se ridiculise, que l'on parle de Danone, de Taittinger ou de Hewlett-Packard, montrent bien que ce pays perd son temps en combats d'arrière-garde ; ce n'est pas non plus en gardant des yaourts et du champagne sous pavillon français, ou en essayant de contraindre une multinationale américaine à corriger son plan social, que l'on créera des emplois dans ce pays.

Posted by Bernard Buisson on septembre 22, 2005 at 08:00 AM dans Opinion | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

Carrefour des Possibles

Le prochain Carrefour des Possibles aura lieu le 4 octobre. Depuis plusieurs années, le Carrefour des Possibles met en valeur des innovateurs proposant de nouveaux usages des technologies de l'information et de la communication (TIC). C'est l'occasion de découvrir des projets innovants et décoiffants.

Cette séance sera exceptionnelle car elle accueillera Anthony Townsend (http://urban.blogs.com/) qui viendra parler de l'Institute For the Future dont il est un directeur de recherche http://www.iftf.org/people/atownsend.html. Il est par ailleurs un des fondateurs de New York Wireless.

Il abordera, avec Daniel Kaplan, délégué général de la FING, sous forme d'entretien en interaction avec la salle, l'internet dans 10 ans, ce qui permettra de faire un lien avec prospecTIC 2010, un exercice de prospective initié avec l'IREPP.

Si l'avenir d'Internet nous intéresse, voilà une séance à ne pas manquer. Attention, il y aura malheureusement grève des transports publics ce jour-là. Après réflexion, la FING a préféré ne pas annuler l'événement. Il serait dommage qu'une grève freine l'effort d'innovation en France. Pour participer, il faut s'inscrire, plus d'info sur le site.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 20, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Microsoft, Windows et Macintosh: le coup de poker de 1985

J'ai toujours eu du mal à expliquer un épisode très étonnant de la micro-informatique des années 80: en 1985, Bill Gates écrit une lettre aux dirigeants d'Apple pour les convaincre d'ouvrir leur système d'exploitation et de le licencier à des fabricants. Dans cette lettre, où il démontre sa compréhension extraordinaire de l'industrie, Gates explique pourquoi ça permettrait à Apple de gagner le leadership du monde de la micro-informatique, indique qu'il soutiendrait fortement cette initiative et se propose même de convaincre les premiers fabricants. Il faut se rappeler qu'à l'époque, Microsoft est déjà une société qui compte dans le secteur, même si ce n'est pas encore le mastodonte actuel. Mais quand on sait que Microsoft est l'éditeur de MS-DOS et a dans ses cartons un projet appelé Windows, futur concurrent direct d'Apple, cette lettre est vraiment extraordinaire. Certains y voient une preuve du machiavelisme de Gates.
Il y a une explication plus vraisemblable, que j'ai récemment trouvée dans une note cachée au fond du livre de Robert Burgelman, qui s'appelle "Strategy is Destiny". Selon Burgelman, Microsoft se trouve en 1985 dans une position très difficile: la première version de Windows a été un échec piteux, et la deuxième version rencontre des difficultés techniques énormes. Le projet patine. Dans le domaine des applications, Microsoft n'a pas réussi à s'imposer face aux leaders en place: Visicalc et surtout Lotus dans les tableurs, WordPerfect dans les traitements de texte. La stratégie d'extension à partir de sa franchise MS-DOS est en passe d'échouer.
Dans le monde Macintosh, la situation est très différente. Très tôt, Word a pris le leadership des traitements de texte professionnels, et Excel s'impose également très vite comme le seul tableur existant pour Macintosh. Microsoft tire un revenu très important du Mac. On peut imaginer le raisonnement de Gates: je suis en train de perdre dans le monde MS-DOS, et je suis déjà leader dans le monde du Mac. Si je peux faire en sorte que le Mac devienne dominant, et que MS-DOS disparaisse, mes concurrents disparaîtront en même temps et ma position de leader sera renforcée. Seule une rupture dans l'environnement pourra réouvrir le jeu. Ainsi, il est vraisemblable que Gates ait souhaité miser sur le Mac en 1985, et cela explique qu'il ait tout fait pour convaincre Apple de licencier son OS. Devant les atermoiements des dirigeants d'Apple, toutefois, Gates se rend rapidement compte qu'Apple n'osera jamais franchir le pas. La rupture devra donc venir du monde MS-DOS, d'où le paquet mis sur Windows à partir de cette époque-là. On connaît la suite...

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 19, 2005 at 07:00 AM dans Cas d'école | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

La tragédie des premiers entrants: BuddyPhone et la voix sur IP

Je relatais la mort de Paul Geroski, auteur de Fast Second, dans un billet précédent, et je ne peux m'empêcher de réagir au succès médiatique impressionnant que connaît Google avec son produit GoogleTalk, et avant lui Skype, qui vient d'être racheté pour une fortune. GoogleTalk, tenez-vous bien, permet à deux personnes d'engager une conversation via Internet depuis leur ordinateur. Le produit a été lancé récemment, et la presse a salué l'événement; tout juste si on ne nous a pas expliqué que, enfin, on pouvait se parler gratuitement via Internet. Oui, sauf que Skype fait cela depuis pas mal de temps déjà, et là aussi, son lancement a fait l'objet d'une très forte médiatisation à l'époque (son patron est même considéré comme un visionnaire!). Enfin, grâce à Skype, on allait pouvoir parler gratuitement. Sauf que c'était déjà possible avant: MSN Messenger permet de faire cela très facilement, et Yahoo Messenger aussi. Plus fort encore: pour une somme modique, Skype, via son option SkypeOut, permet de passer un appel depuis votre ordinateur à un vrai téléphone; ainsi, votre correspondant n'a pas besoin d'avoir un PC, vous l'appelez sur son téléphone, y compris à l'étranger, pour une somme dérisoire. Là encore, on nous présente cela comme une vraie révolution.
Oui sauf que l'appel depuis un PC sur un vrai téléphone, Net2Phone le faisait en... 1998. Je me souviens ainsi d'un appel de près de trente minutes, un soir de Noël, entre l'Inde et la France, pour quelques dollars. Net2Phone aujourd'hui? Racheté par AT&T, ils sont toujours en vie mais ont disparu dans l'anonymat.
Quand à l'appel de PC à PC, totalement gratuit, un petit logiciel allemand appelé BuddyPhone le faisait aussi en 1998. Ultra simple, très performant y compris en appel RTC, il m'a permis d'économiser des milliers de francs entre 1999 et 2002, à une époque où on nous expliquait que la VoIP ne marchait pas. BuddyPhone aujourd'hui? Disparu... (apparemment racheté par une société appelée Nikotel)
Voilà une illustration supplémentaire du fait qu'il vaut parfois mieux ne pas être premier dans un marché émergent, sans doute parce qu'avant l'heure ce n'est pas l'heure. Cela montre également que les pionniers disparaissent bien vite de la mémoire collective. Comme disait Stefan Zweig dans sa biographie de Fouché, "La révolution n'appartient pas au premier qui la déclenche, mais au dernier qui la termine." A méditer dans le domaine de l'innovation.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 16, 2005 at 07:00 AM dans Théorie | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Salon des micro-entreprises du 27 au 29 septembre

Le salon des petites entreprises et des indépendants se tiendra du 27 au 29 septembre au Palais des Congrès à la Porte Maillot. Nombreux exposants, des conférences sur la création, le développement, les questions sociales et juridiques, etc. En savoir plus : http://www.salonmicroentreprises.com

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 15, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Académie de l'Entrepreneuriat

Il se passe beaucoup de choses en France dans le domaine de l'entrepreneuriat, et les universitaires ne sont pas en reste. On peut même penser que ça bouillonne autant dans les universités que dans les startups, une situation qu'on attendait depuis longtemps en France, car l'interaction université-startups est l'un des secrets de la réussite entrepreneuriale aux Etats-Unis.
Ainsi, l'Académie de l'Entrepreneuriat tient son congrès les 24 et 25 novembre prochains. L'AE est une association qui regroupe essentiellement des chercheurs sur le thème de l'entrepreneuriat. Le 23, elle organise un tutorat doctoral permettant à des étudiants en thèse de présenter leurs travaux et d'échanger avec d'autres étudiants et professeurs. Il doit bien y avoir une cinquantaine de thèses en cours sur l'entrepreneuriat, et quand on voit le nombre de laboratoires également actifs sur ce thème, c'est encourageant. En voici quelques uns:

  • Equipe de recherche sur l'Entrepreneuriat et la Stratégie de l'IFREGE (Institut fédératif de recherche et d'études en gestion) de l'Université Montesquieu Bordeaux IV;
  • Laboratoire d' Etudes et de Recherches Méditerrannéennes sur le Management des Entreprises (ERMMES) de l'Université du sud-Toulon-Var;
  • L'équipe Entrepreneuriat et processus d'innovation (EPI);
  • L'Institut de Recherche sur les PME (IRPME) au Québec;
  • L'Equipe de recherche sur la firme et l'industrie (ERFI) de l'Université Montpellier I.

Mentionnons aussi l'ADREG (Association pour la diffusion de la recherche sur l'Entrepreneuriat et la Gestion) qui se veut plus universitaire et théorique, et offre plein de ressources dans ce domaine.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 14, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Gary Hamel lance un centre de recherche sur l'innovation dans le management

Gary Hamel est de retour. Gourou de la stratégie "alternative", pourfendeur de la stratégie classique et surtout du re-engineering dans les années 90.
Il y a un peu plus de dix ans paraissait son livre "A la conquête du futur", écrit avec CK Pralahad . En 1994, le monde industriel était en pleine tornade du re-engineering, avec comme objectif avoué d'obtenir des gains massifs de productivité… et souvent comme conséquence inavouée de dégraisser les effectifs.
Lancé en réaction contre la menace japonaise, le re-engineering posait comme postulat que l'avantage concurrentiel passait par l'efficacité organisationnelle, inaugurant ainsi une longue période de saignée et de réorganisation massives dans les entreprises occidentales.
"A la conquête du futur" est une attaque en règle contre cette attitude. Selon Hamel et Pralahad, le re-engineering n'est pas une stratégie ; tout au plus est-ce le prix à payer pour n'avoir pas eu de stratégie. Prix à payer par des entreprises qui n'ont pas su inventer leur avenir à temps. L'ouvrage fait l'effet d'une bombe dans l'univers de la gestion, généralement marqué par la tendance à considérer que la souffrance est une condition nécessaire à la réussite. Son message optimiste est que chacun, quelle que soit sa position dans l'entreprise, peut réussir une innovation, que la vision stratégique est nécessaire, et qu'elle consiste à inventer l'avenir et à y conduire l'entreprise. Nous rappelons d'ailleurs ce message optimiste au début de notre livre "Objectif Innovation".
Hamel est ensuite devenu le chantre de l'entrepreneuriat au sein des entreprises, les incitant à briser les barrières à l'innovation, publiant même un article intitulé "Bringing Silicon Valley inside". Selon lui, il fallait libérer les employés des contrôles et laisser fleurir le chaos créatif. Comme toute position extrême cependant, elle trouva ses limites, surtout que son exemple favori était... Enron, qui avait effectivement appliqué cette stratégie et supprimé tout contrôle, avec le résultat que l'on sait. Cet écart n'enlève toutefois pas l'intérêt de ses travaux, et la lecture de ses écrits est toujours revigorante.
Hamel a du méditer sur ces écrits de jeunesse, et laisser tomber son côté maoïste. Il s'en revient pour créer un centre de recherche sur l'innovation dans le management à la London Business School. Selon lui, l'innovation peut être classée en trois domaines: institutionnel, technologique et management, et l'innovation dans le domaine du management n'est que peu étudiée dans les écoles de commerce, en particulier pas sa dimension historique.
L'intérêt réside dans l'approche. Hamel souhaite éviter d'étudier, comme nombre de ses collègues, les inévitables grandes entreprises qui selon lui n'ont pas grand chose à dire dans ce domaine. Il préfère aller chercher les petites entreprises plus innovantes en matière d'organisation et de processus de gestion. Il partira donc du terrain, dont les universitaires américains s'éloignent de plus en plus, en raison de la nécessité pour eux de publier des articles dans des revues académiques. Ce contact avec le terrain, et ce rejet de la publication ésotérique, constituent un trait distinctif majeur entre les chercheurs américains et européens, et explique pourquoi Hamel l'installe à la LBS, et non à Harvard. A suivre...

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 13, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

La quarantaine, le sens de la vie, et le domaine d'excellence selon Jim Collins

Bon ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé de Jim Collins, auteur de Good to Great (argh, encore lui!). Je déjeunais récemment avec un ami qui atteint la quarantaine après une carrière plutôt réussie dans la high-tech, et qui se pose des questions sur son avenir (disons que l'état de son entreprise l'y invite fortement). Confidence du-dit ami: j'aimerais faire autre chose. Effectivement, il pourrait sans trop de difficulté passer quelques coups de fils et se retrouver en quelques semaines dans une autre boîte high-tech pour une nouvelle aventure. Oui, mais un air de "plus de la même chose", quelque part, le retient de faire cela. Faire autre chose, mais quoi? On connaît les rêveurs qui passent leur vie à se demander quelle est leur vraie vocation, quel est le sens de la vie.

Maître Collins, à cet égard, a une intéressante théorie. Commençons par un petit détour. Comme on le sait sans doute, Collins s'intéresse aux entreprises sur-performantes. Selon lui, ces entreprises partagent un certain nombre de traits, dont un en particulier, qu'il appelle le concept hérisson. Isaiah Berlin disait que la différence entre le renard et le hérisson, c'est que le renard sait beaucoup de petites choses, tandis que le hérisson ne sait qu'une grande chose. Collins reprend cette idée en suggérant que les entreprises sur-performantes définissent leur concept économique autour d'un concept très clairement défini, et qu'elles n'en dévient pas.
Plus spécifiquement, ce concept est basé sur trois piliers:

  • L'excellence: les entreprises se concentrent sur les domaines où elle se savent excellentes, ou où elle peuvent le devenir;
  • La passion: les entreprises se concentrent sur les marchés qui passionnent les hommes qui la composent, ou au moins les fondateurs. On pourrait dire que leur devise est "honni soit qui mal y pense". Si vous n'aimez pas les cigarettes, ne venez pas travailler chez Philip Morris.
  • Le moteur économique: les entreprises mettent au point sur leur domaine un concept économique sain, générateur de profits durables.

Ce que Collins suggère, c'est en quelque sorte trois règles à suivre pour déterminer le "terrain de jeu" de l'entreprise. Impossible d'atteindre le leadership dans un domaine qui ne passionne pas. Inutile de le faire dans un domaine qui ne rapporte pas, etc.

Retour à mon ami, car Collins suggère naturellement, au détour d'une page, qu'un tel modèle s'applique parfaitement à un individu qui se demande quoi faire de sa vie. Autant choisir un domaine dans lequel on est intimement convaincu que l'on peut exceller. Pas d'excellence sans passion, et pas de succès sans une certaine forme de succès économique. Je suggère de commencer par la passion. L'histoire prouve que l'argent finit toujours par suivre la passion.
Loin d'apporter une solution toute faite, un tel modèle peut être un utile préalable à une réfléxion sur le sens à donner à une carrière au seuil des quarante ans. A cet âge, on a en général une bonne conscience de ses forces et de ses faiblesses, de ses intérêts, de ses zones grises, et bien sûr de ce qui vous passionne. Un jour je demandais à ma prof de philo si, le soir chez elle, quand elle lisait un livre de philo, elle considérait qu'elle travaillait. Sa réponse: je suis passionnée par ce que je fais, la question n'a donc pas de sens. Quand vous en arrivez là, quand vous êtes passionnés par ce que vous faites, au point où vous vous dites "et en plus je suis payé(e) pour faire ça!", vous avez touché le gros lot.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 12, 2005 at 07:00 AM dans Théorie | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Quand Bercy arnaque les Jeunes Entreprises Innovantes

Bon, je vais sûrement me prendre un contrôle fiscal personnel et professionnel pour ce post, mais je ne résiste pas à réagir suite à la mésaventure qui vient de m'arriver. Il existe en France un mécanisme merveilleux de soutien aux Jeunes Entreprises Innovantes (JEI). En gros, et pour faire simple, à condition de satisfaire à quelques critères prouvant que votre entreprise fait de la R&D, vous pouvez obtenir un crédit d'impôt. C'est évidemment très intéressant pour une jeune entreprise, car le crédit en question est remboursable. De manière raisonnable, ce mécanisme est réservé aux jeunes entreprises de moins de huit ans.
Digital Airways, mon entreprise, ayant été créée en 1998, et ayant très clairement une activité innovante, je pensais légitimement que ce mécanisme pouvait s'appliquer à nous jusqu'en 2006 (1998+8=2006). Oui, mais non.
Au contraire de certaines barres de chocoloat qui vous en donnent 5 pour le prix de quatre, Bercy vous en donne sept pour le prix et huit et décide que huit, ça veut dire sept. Conclusion: notre crédit d'impôt s'arrête en 2005.
Voilà une nouvelle fois la différence entre la volonté affiché de l'Etat d'aider les entreprises, et ce qui se passe en pratique, c'est à dire de récupérer avec la main droite ce qu'on a promis de donner avec la main gauche. L'extension du JEI à huit ans a été triomphalement annoncée comme un effort supplémentaire. On imagine les quelques millions ainsi économisés, au grand plaisir d'un sous-directeur niché dans un bureau rue de Bercy qui aura fait sa part pour la réduction du déficit de l'Etat, mais une fois encore, cela se fait au détriment de l'entrepreneuriat. Veut-on aider les startups en France? Si oui, alors cessons de les arnaquer.

Coluche (ah s'il pouvait revenir) disait (il devait avoir travaillé à Bercy): "Expliquez-nous de quoi vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer".
Un lien sur le charabia de Bercy pour noyer le poisson:
http://alize.finances.gouv.fr/dgiboi/boi2004/4fepub/cadre4fe.htm
et merci à notre correpondante locale JEI pour ses efforts vaillants à y comprendre quelque chose.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 9, 2005 at 01:02 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack

Blog en livre?

Réponse à une question qu'on nous a déjà posé: non, le livre "Objectif Innovation" n'est pas stricto sensu une reprise du blog. En soi, ça serait assez inutile, d'une part parce que c'est déjà écrit, et d'autre part parce qu'il s'agit vraiment de deux formats différents. Bien sûr, le livre reprend pas mal de thèmes du blog, et même certains posts, mais il répond à un objectif différent: faire le point, en s'appuyant sur les théories actuelles, sur la problématique de l'innovation, et l'illustrer au moyen d'exemples, dont certains sont connus, et d'autres moins.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 9, 2005 at 07:00 AM dans Le livre | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Agence pour l'Innovation: ne pas oublier les petites entreprises

Nous publions ici un texte de nos amis du Comité Richelieu qui souligne l'importance que l'Agence de l'Innovation Industrielle (AII), lancée récemment, ne soit pas réservée qu'aux grandes entreprises.

La France et l'Europe ont avant tout besoin de nouveaux acteurs mondiaux. Grâce aux coopérations avec des grandes entreprises qu'elle peut susciter, l'Agence de l'Innovation Industrielle (AII) peut jouer un rôle crucial en faveur du développement des PME innovantes et de l'émergence des grandes entreprises de demain.

Pour assurer une participation effective des PME, le Comité Richelieu suggère que l'AII et les grandes entreprises participantes signent un Pacte PME, sur le modèle de la démarche déjà mise en place par 12 grands comptes français en décembre 2004 et par une des plus importantes plateformes technologiques européennes en juin 2005.

Pourquoi la participation des PME à l'AII est-elle stratégique ?

L'investissement en R&D des grandes entreprises françaises et européennes est déjà supérieur à celui de leurs concurrentes américaines, ce que montre par exemple l'analyse des 500 entreprises mondiales dont les dépenses en R&D sont les plus élevées :
                                                                Europe    Etats-Unis
Dépenses de R&D par entreprise        651 M€    646 M€
Nombre d'entreprises                                132            208

Ces chiffres montrent aussi que le nombre de nos grandes entreprises est insuffisant. Rappelons que seules 2000 entreprises européennes ont un Chiffre d'Affaires supérieur à 100 millions d'euros alors que les Etats-Unis, malgré une population inférieure de 100 millions d'habitants, en comptent  3200. Depuis 1980, l'Europe a généré 7 fois moins de nouveaux leaders mondiaux que les Etats-Unis. Dans un monde globalisé, seule l'émergence de nouveaux champions permettra à la France et à l'Europe de renouer avec la croissance.

Les grands programmes technologiques comme ceux de l'AII constituent un outil idéal pour favoriser le développement des PME innovantes. En effet, ces programmes leur permettent de s'insérer dans des démarches industrielles en bâtissant de nouveaux partenariats avec des grandes entreprises qui peuvent également devenir leurs clientes . L'émergence de nouveaux champions ne se fera qu'avec l'appui de ceux d'aujourd'hui, et c'est ce que l'Agence peut catalyser.

Comment assurer une participation effective des PME à l'AII ?

Assurer une participation effective des PME innovantes et des start-up technologiques aux grands programmes technologiques ne va pas de soi :

  • Les PME innovantes peuvent être concurrentes des grandes entreprises ou de leurs filiales sur les travaux à mener dans le cadre de programmes d'innovation,
  • Le processus d'identification par les grandes entreprises de compétences pertinentes au sein de PME innovantes est consommateur de ressources.

La participation aux organes de gouvernance de l'AII  de PME isolées ne suffirait pas à ré-équilibrer les rapports de force existants. Le Comité Richelieu préconise que l'Agence de l'Innovation Industrielle (AII) signe un Pacte PME afin :

  • d'associer à sa gouvernance, aux côtés des grands groupes industriels, un organisme représentatif des intérêts de l'ensemble des PME innovantes françaises,
  • d'apporter aux grandes entreprises des mécanismes de soutien pour les aider à associer des PME aux programmes dont elles seraient les pilotes,
  • de garantir l'objectivité des indicateurs et de l'analyse d'impact de la participation des PME à ces programmes.

Le Pacte PME a pour objectif de faciliter les relations entre grands comptes et PME innovantes. 12 grands comptes français se sont ainsi déjà engagés envers le Comité Richelieu et OSEO à renforcer leurs relations avec les PME innovantes.

Ce Pacte PME pourrait être signé par l'AII et porter sur les programmes de l'Agence. Il pourrait également l'être par les grandes entreprises bénéficiant du soutien de l'AII, au moins pour celles qui ne l'ont pas déjà signé, et porter sur l'ensemble de leurs achats et coopérations. Cette suggestion a été formulée par le groupe sur le Développement des Entreprises Innovantes de l'opération Futuris présidé par Gérard Worms :

Des initiatives telle que le Pacte PME proposé par le Comité Richelieu en association avec Oséo, le MinEFI et le ministère délégué à la recherche sont très porteuses, l'objectif étant de faciliter les relations entre les grands comptes, publics ou privés, et les PME innovantes, dans le cadre des opérations d'achats (" mobilisation positive "). Les entreprises susceptibles d'être soutenues par la nouvelle Agence de l'Innovation Industrielle pourraient être incitées à adhérer au Pacte PME.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 8, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Zidane, le sauveur et la notion d'équipe

Je ne connais rien au football à part le nombre de joueurs sur le terrain, et j'avais cru comprendre qu'il s'agissait d'un sport d'équipe; mais j'ai du me tromper. On nous a en effet annoncé le retour de Zinedine "magic" Zidane au sein de l'équipe de France. Ce que beaucoup ont vu comme un divine surprise me semble, en fait, traduire l'échec de l'équipe de France à être justement une équipe après le départ des héros de 98. Jim Collins, dans son ouvrage Good to Great, soulignait le danger pour une organisation à faire appel à un génie charismatique. Il oppose le "génie entouré de mille assistants" au leader modeste capable de créer un groupe performant. Le génie, parce qu'il est un génie, produit en général des résultats spéctaculaires très vite, mais tout seul. On peut s'attendre à un festival de buts, avec le reste des joueurs qui vont faire de la figuration. Mais il ne règle pas le problème de fond qui est que la France n'a pas été capable de construire une vraie équipe de football depuis 1998. Quand une telle équipe fait le constat de son échec et s'en remet à un génie qui dit être guidé par des voix qu'il entend, on peut craindre le pire quant à se qui se passera le jour où il prendra vraiment sa retraite. Il aura masqué les faiblesses, mais ne les aura pas réglées.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 7, 2005 at 02:45 PM dans Cas d'école | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Dibcom lève 24 patates!

24,5 plus exactement. Oui, 24,5 millions d'Euros. Preuve qu'il y a des VC en France et que les startups peuvent lever de l'argent après le trou d'air des années 2000-2004. Bravo donc à Dibcom, un fabricant français de circuits intégrés pour la vidéo, qui se spécialise dans les environnements mobiles (d'abord l'automobile et maintenant la téléphonie).
Dibcom support notamment le format DVB-H, qui permet à un téléphone mobile de recevoir la télévision par voie hertzienne. Cette technologie concurrence l'approche des opérateurs 3G qui fait passer la vidéo par le réseau téléphonique. Enlevez la vidéo du réseau 3G, et que rest-t-il? Hum, intéressant comme innovation radicale inattendue.
Plus d'info sur http://www.vnunet.fr/actualite/telecommunications/telephonie_mobile/20050829003

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 7, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

"Putain, je vais tuer Google"

... c'est ce qu'aurait déclaré un Steve Ballmer furieux lorsque l'un de ses employés est venu lui annonçer son départ pour la firme qui monte dans la Silicon Valley. Une menace à ne pas prendre à la légère, et que Google ferait bien de méditer (voir notre billet de janvier dernier à ce sujet). Il est arrivé régulièrement dans le passé que Microsoft soit attaqué par un petit jeune surdoué (souvenez-vous de Borland, Novell, Lotus, Netscape) qui a toujours jusque-là terminé dans les cordes, à quelques notables exceptions près (Intuit notamment). c'est ce que Ballmer appelle des "one hit wonder", des entreprises ayant un produit phare, et qui disparaissent ensuite.

On peut toutefois se demander si la réaction hystérique du PDG de Microsoft ne traduit pas plutôt un désarroi face aux initiatives de Google, à une période où Microsoft est devenu très largement suiveur dans une industrie qui reste très innovante. En soi ce n'est pas nouveau: au fond, Microsoft n'a jamais rien inventé d'original, mais a toujours su offrir au marché une solution technique supérieure à l'entreprise qui avait innové la première; en substance, Microsoft était le type idéal de ce que Geroski et Markides appellent un "Fast Second": on arrive deuxième, mais plus fort, et on rafle la mise. Désormais, seules les performances financières trimestrielles de Microsoft sont de nos jours susceptibles de nous maintenair en haleine. Dans chacun des domaines "chauds" actuels, les blogs, la recherche, la téléphonie mobile, etc, Microsoft a tardé à réagir, classiquement, mais même lorsqu'il a réagi, il est resté derrière, et parfois de très loin, et ça c'est nouveau. Alors tuer Google, certes, mais avec quoi?

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 6, 2005 at 07:27 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

OSEO et le Comité Richelieu lancent le Small Business Act à la française

Nous avons déjà parlé dans un billet précédent de l'excellente initiative du Comité Richelieu pour un Small Business Act à la française. Le Pacte PME, c'est son nom, a pour but de pour renforcer l'accès des PME innovantes aux marchés publics et aux achats des grandes entreprises.
Concrètement, il s'agit d'encourager les grandes entreprises et les administrations publiques à confier une partie de leurs achats à des petites entreprises. Aux Etats-Unis, les administrations publiques y sont même forcées.
Le 8 septembre prochain, donc, en présence de Thierry Breton, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, et de représentants de grands comptes signataires du Pacte PME, OSEO et le Comité Richelieu signeront un partenariat stratégique pour la mise en œuvre du Pacte PME.
Le Pacte PME a pour but de permettre aux meilleures PME innovantes d'augmenter leur chiffre d'affaires et a vocation à étendre son champ d'action à l'Europe dès 2006. Véritable Small Business Act à la française, il rendra possible l'émergence des nouveaux champions qui font aujourd'hui défaut.

Une telle initiative est importante.

  • D'une part pour son objet: parce que l'émergence d'acteurs nouveaux est un facteur de renouvellement de notre tissu industriel. Or les petites entreprises, futurs champions de demain, ne peuvent souvent se développer qu'en travaillant avec des grandes.
  • D'autre part pour sa méthode. Au lieu de se lancer dans les loi contraignantes, l'approche choisie ici est le partenariat et la concertation. On prend le problème de l'innovation et du développement industriel par la base, en travaillant avec les acteurs et en comptant sur leur dynamisme.

Le Small Business Act américain

Le Small Business Act est une loi passée en 1953 aux Etats-Unis pour attribuer aux PME américaines une part équitable des marchés publics. Elle regroupe deux volets :

  • Des objectifs fixés annuellement à chaque agence publique (2003 : en moyenne 23 % des marchés directs et 40 % de la sous-traitance).
  • La réservation aux PME américaines de certains types de marchés (petits marchés, marchés pour lesquels au moins deux PME peuvent faire une offre, certains marchés de R&D).

Les PME américaines ont ainsi bénéficié, en 2003, de 100 milliards de dollars de commandes venus doper leur croissance. Par leur effet d'entraînement sur les investisseurs et l'ensemble de l'environnement des PME, ces marchés contribuent de façon massive à permettre l'émergence de nouvelles grandes entreprises américaines. Ce qui explique que les Etats-Unis, avec 100 millions d'habitants de moins que l'Europe des Quinze, comptent 3 200 grandes entreprises contre 2 000 seulement en Europe (chiffre d'affaires 2003 supérieur à 100 millions d'euros).

Le PactePME, Small Business Act à la française

Le Pacte PME se doit d'être un dispositif plus ambitieux, mieux ciblé, plus moderne que son inspiration américaine, avec :

  • Une cible bien identifiée : les PME innovantes à fort potentiel de croissance.
  • Un objectif concret et mesurable : l'émergence de nouvelles entreprises leader mondiales.
  • Une démarche consensuelle : le Pacte PME est un engagement volontaire des grands comptes.
  • Un potentiel plus important : non seulement les grands comptes publics mais également les grandes entreprises privées.
  • Une déclinaison possible : le Pacte PME peut s'appliquer également aux grands programmes de R&D (Agence de l'innovation industrielle, Agence Nationale de la Recherche, pôles de compétitivité, plates-formes technologiques européennes...).

Le Pacte PME est signé par :

  • Les grands comptes publics ou privés.
  • Le Comité Richelieu, qui représente les PME innovantes françaises dans cette démarche.
  • OSEO, qui en devient l'opérateur.

Toutes les PME françaises y sont éligibles. Des partenaires peuvent être associés à certaines de ses activités. Le Pacte PME comprend :

  • Des dispositifs facilitant les relations entre grands comptes et PME innovantes (aide à la prospection et mise en relation, soutien individuel,...).
  • Des groupes de réflexion mixtes pour l'élaboration de recommandations et la mise en place de nouveaux dispositifs d'appui.
  • Des indicateurs permettant de suivre l'évolution de la participation des PME aux achats des grands comptes signataires.
  • Un rapport annuel sur l'ensemble du dispositif : indicateurs et utilisation des outils.

Sur la base de la publication des indicateurs, il sera proposé aux grands comptes de se fixer des objectifs PME pour l'exercice suivant.

Dès 2006, le Pacte PME visera à être étendu à d'autres pays européens :

  • Ouverture aux PME européennes.
  • Signature du Pacte PME (SME Pact/KMU Pakt) par des grands comptes d'autres pays de l'Union.
  • Levée des blocages réglementaires à l'accès des PME innovantes aux marchés publics.

Uniquement pour l'achat public, un tel dispositif peut générer 100 milliards d'euros de commandes supplémentaires pour les PME innovantes européennes, sur un total de 1500 milliards d'euros annuels. En facilitant l'accès des meilleures PME innovantes aux marchés de l'ensemble de l'Union européenne, le Pacte PME favorise l'émergence des 1 000 nouvelles grandes entreprises européennes nécessaires pour relever les défis de la mondialisation.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 6, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

Les brevets contre l'innovation

Signalé par mon copain Jérôme, véritable tête chercheuse de la techno-innovation de pointe (Jérôme, à quand ton blog?), les malheurs d'Apple avec les brevets. Creative Technology, une société de Singapour connue en son temps pour ses cartes graphiques, annonce avoir obtenu un brevet couvrant la manière de sélectionner les chansons sur un baladeur numérique.
Selon Creative, ce brevet concerne la façon de sélectionner des chansons, un dispositif qui utilise une hiérarchie de trois écrans ou plus. Sur un iPod d'Apple, par exemple, les utilisateurs font défiler les artistes, les albums et/ou les chansons.
Vous avez bien lu. Une entreprise vient de breveter le fait que pour écouter une chanson, on sélectionne, tenez-vous bien, les artistes, puis pour chaque artiste, ses albums, et pour un album, la ou les chansons désirées. Du coup Apple, qui utilise ce mécanisme pour son iPod, est bien embêté. De là à ce que Creative lui demande des royalties et des indemnités, il n'y a qu'un pas qu'ils s'empresseront certainement de franchir.

L'utilisation des brevets comme moyen de nuisance par des concurrents médiocres, mais riches, est classiquement décrite dans la littérature, mais là on touche au délire absolu. Il s'agit ni plus ni moins de pollution, qui ne sert aucun objectif industriel mais qui met en danger l'innovation. Comme le disait François Dubrulle, à quand un brevet sur la touche Return du clavier?
Le plus drôle, c'est qu'Apple n'a à s'en prendre qu'à lui-même: ils avaient en effet tenté de déposer un brevet sur le même thème. Tel est pris qui croyait prendre.
L'article de Libé: http://www.liberation.com/page.php?Article=320304

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 5, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

Secteurs stratégiques: le délire?

Ah! le retour de l'Etat stratège, de l'Etat patriote, on ne se lasse pas de le commenter. Ainsi, Jacques Chirac tançant les patrons en leur expliquant qu'il "est de leur devoir de créer des emplois en France."
Bon, mais un secteur stratégique c'est quoi? Apparemment, on juge stratégique ce qui est lié à la défense nationale. Mais, me direz-vous, qu'est-ce qui n'est pas liable à la défense nationale? Clairement, les boulangeries sont essentielles dans une optique de défense nationale. Comment lutter contre les boches/rouges/barbus/américains sans pain?
Barry Buzan, dans son célèbre livre "People, states and fear" fait remarquer que la notion de sécurité nationale, si souvent invoquée, est très ambiguë. Il ajoute: "une notion indéfinie de la sécurité nationale ouvre la porte à des stratégie d'extension de pouvoir à l'élite politique et militaire" qui la met en avant. Il ajoute "L'ambiguïté naturelle de la notion de menace étrangère en temps de paix rend très facile le déguisement d'intentions sinistres sous couvert de sécurité nationale". Et ça ne s'applique pas qu'à George Bush... Question donc: qui bénéficie d'une telle paranoïa, sinon l'élite en place qui sait sa légitimité affaiblie, et qui recherche une bonne vieille guerre?
Il s'en suit des discussions ubuesques, comme seules les vraies bureaucraties peuvent en générer. Sans rire, le ministre François Loos discute de savoir si Eramet n'est pas plus stratégique que Danone. Défendez nos yaourts!!! Etonnamment, les entreprises de la métallurgie ne sont pas stratégiques. Sûrement parce que dorénavant, les chars seront en plastique. Bref, du n'importe quoi.

Mais n'importe quoi ne signifie pas inoffensif. Ainsi, ce sont bien les entreprises quelle que soit leur taille qui sont visées. Si désormais vous créez une boîte avec trois copains dans un secteur "stratégique", l'Etat contrôlera votre destinée. Impossible de vous revendre à un américain. Impossible d'ouvrir votre capital. Seules les entreprises bien française pourront vous acheter. Il s'agit d'une limitation sans précédent de la liberté d'entreprendre, qui semble se dérouler dans une indifférence générale, tout ça parce qu'on a tenté de nous faire croire, sous fond de manipulation de cours, que Pepsi voulait racheter Danone. L'analyse, nous dit-on, se fera "au cas par cas." Lisez: dans l'arbitraire le plus absolu d'une chambre noire.
C'est d'autant plus stupide que je ne sais pas ce que c'est qu'une entreprise française. A partir de quel pourcentage de capitaux "étrangers" n'est-on plus français? La filiale française d'IBM est-elle une société étrangère ou française?
C'est également stupide car cela consiste à voir l'investissement ou l'achat par une firme étrangère dans une firme française comme une "défaite" ou une "attaque" de la France, alors qu'il n'en est rien. Beaucoup d'entreprises sont très contentes de trouver à l'étrangers des investisseurs qu'elles ne peuvent trouver en France, pour assurer leur survie et leur développement, avec les créations d'emplois à la clé.
A ce stade, ce n'est plus du patriotisme, c'est du nationalisme, c'est à dire qu'il s'agit non pas de l'amour de sa patrie, mais de la soumission des individus, et par extension, des entreprises et du corps social en général, aux intérêts supposés de la nation, tels qu'ils sont définis par une petite élite formée à un autre âge.
Comment, en outre, concilier ce nationalisme avec le projet européen, qui s'appuie sur une logique totalement opposée d'ouverture vers l'étranger?
Ainsi donc, deux cent ans après Ricardo, le mercantilisme n'est pas mort; le nationalisme étriqué qui précipita la crise des années 30 non plus. Tout ça parce qu'un américain a voulu nous piquer nos yaourts.
Lire à ce sujet l'article du monde "La France veut protéger dix secteurs jugés stratégiques" qui évoque les limites de cette pensée.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 2, 2005 at 05:11 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Paul Geroski

Paul Geroski, professeur à la London Business School, est mort il y a quelques jours. Nous avons évoqué ses travaux dans un billet précédent, et notamment son livre avec Costas Markides, "Fast Second", dans lequel ils suggèrent qu'il vaut souvent mieux arriver second très vite que s'épuiser à créer le marché, mettant ainsi en doute l'intérêt du first mover advantage dans le processus d'innovation. Ils offrent également une intéressante classification des types d'innovation en fonction de leur impact sur les habitudes des clients et sur les compétences des entreprises, que nous reprenons dans notre livre. Bon, c'était aussi mon prof d'économie, instant d'émotion donc.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 2, 2005 at 09:32 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Trois piliers de la politique d'innovation française?

Alors que la poussière retombe sur les initiatives du gouvernement en matière d'innovation, et plus généralement de politique industrielle, on peut se risquer à une petite analyse et essayer de distinguer les piliers sur lesquels elle repose.

  • Premier pilier: les pôles de compétitivité. L'idée des pôles est de spécialiser des régions sur un thème particulier. En Normandie, par exemple, c'est le thème de la transaction électronique sécurisée qui a été retenu et les industriels de la région mettront en oeuvre de projets dans ce domaine.
  • Deuxième pilier: les grands projets. Là, l'idée est de financer des grands projets dans des domaines jugés importants en partant du principe qu'ils irrigueront le tissu industriel directement, par les financements associés, et indirectement, par les emplois et les partenariats créés.
  • Troisième pilier: le patriotisme industriel. Effrayé par la mondialisation galopante, symbolisée par le plombier polonais et l'ouvrier chinois, l'establishment industriel et les représentants de l'Etat ont décidé que certains secteurs ne devaient pas tomber aux mains de l'ennemi. Jacques Chirac lui-même a fait la leçon aux patrons en leur expliquant que c'est leur devoir de garder des emplois en France.

Il y a dans cette esquisse de politique du bon... et du moins bon. Les pôles de compétence, héritage de Jean-Pierre Raffarin, sont une bonne idée: ils mobilisent les acteurs locaux autour d'un projet industriel, et ils suscitent, par la dynamique même du montage des projets, des partenariats entre acteurs qui, bien qu'étant très proches géographiquement, pouvaient s'ignorer. On regrettera toutefois que les pôles ne répondent qu'à une logique régionale: mon entreprise est spécialisée dans le domaine télécom, et nos partenaires sont aussi bien à Sophia Antipolis ou Paris qu'en Normandie. Il est bon de rapprocher les entreprises d'une même région, mais il existe d'autres logiques de rapprochement qui correspondent plus à la réalité industrielle moderne.

L'agence de l'innovation, elle, a fait l'objet de plusieurs posts sceptiques sur ce blog. Les grands projets ne sont pas mauvais en soi, mais le problème de l'innovation est beaucoup plus dans la capacité de créer un tissu industriel riche d'entreprises de toutes tailles que de donner de l'argent à quelques grosses entreprises en espérant, très naïvement, que les petites en retireront quelques miettes. Qui décidera des projets à financer, et sur quelle base? Industrielle? Militaire? Sécurité nationale? Emploi? L'association Croissance Plus a déjà fait connaître sa déception que la direction de l'agence soit monopolisée par les grandes entreprises. Plutôt que de financer des projets grandioses, il aurait sans doute mieux valu substituer une logique de marché à une logique de subvention. Par exemple, donner plus d'argent au ministère de la défense pour acheter des produits innovants. Il faudra voir aussi, au-delà des annonces fracassantes, ce qui se passe en réalité: que les crédits annoncés soient réellement débloqués (apparemment ça chauffe déjà pas mal sur la question), que la recherche fondamentale ne soit pas ponctionnée (déshabiller Pierre pour habiller Paul), et surtout que l'Agence ne devienne pas une bureaucratie de plus.

Quant au patriotisme économique, il fait peine à voir. Terrorisé par l'invasion du textile chinois, on en bloque donc les importations, empêchant ainsi les familles à revenu modeste d'acheter des vêtements pas chers. Le jean à 5 euros, quand vous êtes pauvre et que vous devez habiller votre famille, ce n'est pas une catastrophe, c'est un vrai soulagement. Vivement que l'on retourne au jean à 35 euros, comme ça seuls les riches pourront se les payer. Dans le même ordre d'idée, on verrouille les joyaux de la couronne en interdisant à l'avance toute OPA sur une dizaine de secteurs jugés clés. On oublie que le vrai problème, c'est la faiblesse du capitalisme institutionnel français: il n'y a aucun fond d'investissement de taille suffisante en France pour jouer un rôle sur le marché des capitaux, et permettre une certaine liquidité du capital de ces groupes. C'est à ce niveau qu'il faut agir. Naturellement, on insinue ainsi que les champions nationaux (tient, ils reviennent!!!) ne feront jamais faillite, que l'Etat sera toujours là pour les secourir. Après les 150 milliards de francs du Crédit Lyonnais, cela fait frémir...
En résumé, l'argent de l'Etat va couler à flot pour maintenir en vie des mastodontes qui non seulement ne créent pas d'emploi, mais n'innovent plus depuis longtemps. Ou alors il sera donné à des grandes entreprises qui ont déjà suffisamment d'argent (voir les profits des entreprises du CAC40), et dont le manque d'innovation n'est pas du à un manque de moyens. Pendant ce temps-là, les entrepreneurs continueront à avoir toutes les peines du mondes à trouver des financements.
Les pôles et l'agence de l'innovation auront sûrement des effets bénéfiques, mais au final, une grande occasion perdue sans doute.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 1, 2005 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack