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La tragédie des premiers entrants: BuddyPhone et la voix sur IP

Je relatais la mort de Paul Geroski, auteur de Fast Second, dans un billet précédent, et je ne peux m'empêcher de réagir au succès médiatique impressionnant que connaît Google avec son produit GoogleTalk, et avant lui Skype, qui vient d'être racheté pour une fortune. GoogleTalk, tenez-vous bien, permet à deux personnes d'engager une conversation via Internet depuis leur ordinateur. Le produit a été lancé récemment, et la presse a salué l'événement; tout juste si on ne nous a pas expliqué que, enfin, on pouvait se parler gratuitement via Internet. Oui, sauf que Skype fait cela depuis pas mal de temps déjà, et là aussi, son lancement a fait l'objet d'une très forte médiatisation à l'époque (son patron est même considéré comme un visionnaire!). Enfin, grâce à Skype, on allait pouvoir parler gratuitement. Sauf que c'était déjà possible avant: MSN Messenger permet de faire cela très facilement, et Yahoo Messenger aussi. Plus fort encore: pour une somme modique, Skype, via son option SkypeOut, permet de passer un appel depuis votre ordinateur à un vrai téléphone; ainsi, votre correspondant n'a pas besoin d'avoir un PC, vous l'appelez sur son téléphone, y compris à l'étranger, pour une somme dérisoire. Là encore, on nous présente cela comme une vraie révolution.
Oui sauf que l'appel depuis un PC sur un vrai téléphone, Net2Phone le faisait en... 1998. Je me souviens ainsi d'un appel de près de trente minutes, un soir de Noël, entre l'Inde et la France, pour quelques dollars. Net2Phone aujourd'hui? Racheté par AT&T, ils sont toujours en vie mais ont disparu dans l'anonymat.
Quand à l'appel de PC à PC, totalement gratuit, un petit logiciel allemand appelé BuddyPhone le faisait aussi en 1998. Ultra simple, très performant y compris en appel RTC, il m'a permis d'économiser des milliers de francs entre 1999 et 2002, à une époque où on nous expliquait que la VoIP ne marchait pas. BuddyPhone aujourd'hui? Disparu... (apparemment racheté par une société appelée Nikotel)
Voilà une illustration supplémentaire du fait qu'il vaut parfois mieux ne pas être premier dans un marché émergent, sans doute parce qu'avant l'heure ce n'est pas l'heure. Cela montre également que les pionniers disparaissent bien vite de la mémoire collective. Comme disait Stefan Zweig dans sa biographie de Fouché, "La révolution n'appartient pas au premier qui la déclenche, mais au dernier qui la termine." A méditer dans le domaine de l'innovation.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 16, 2005 at 07:00 AM dans Théorie | Permalink

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