« août 2006 | Accueil | octobre 2006 »
eMule
Entendu dans une émission de radio: seulement 2% des écrivains vivent de leur métier. On peut penser que la proportion est encore plus faible chez les musiciens. Quand on sait que 100% des éditeurs de musique vivent de leur métier, de même que 100% des librairies, 100% des vendeurs de disque, 100% des agences de publicité, 100% des télévisions et 100% des avocats, dans l'intérêt de qui est-ce vraiment de tuer eMule et de supprimer le peer-to-peer? Pas des écrivains ni des musiciens, assurément.
Posted by Philippe Silberzahn on septembre 21, 2006 at 05:15 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack
Croissance des PME: pour en finir avec le plafond de verre
Je réagis à l'excellente tribune d'Emmanuel Leprince, délégué Général du Comité Richelieu, parue dans Les Echos du 23 août dernier. Emmanuel reprend un thème qui lui est cher, et qui devrait nous l'être à tous: l'incapacité de la France à générer de nouveaux leaders mondiaux. Il part en effet du constat que les entreprises françaises les plus performantes sont anciennes, et par là même reflètent plus une période passée, celle où l'on savait créer des géants, qu'un véritable dynamisme industriel. En gros, le CAC40 et le désert français. Il s'agit donc de savoir comment remédier à cette situation quand dans le même temps les Etats-Unis créent Google, Microsoft et on en passe, mais aussi, plus inattendu, le Mexique, le Brésil, la Chine et l'Inde commencent eux aussi à produire des champions globaux.
Sans surprise, Emmanuel critique la philosophie actuelle qui a amené à la création de l'Agence pour l'Innovation Industrielle en indiquant "Ce n'est pas en subventionnant avec de la dette publique de grandes entreprises profitables et qui n'ont pratiquement plus rien de français que l'on fera émerger en France le futur Google". Plus surprenant, et difficile à comprendre quand on connaît ses efforts pour faire créer un Small Business Act français, c'est à dire une loi obligeant les administrations à acheter aux petites entreprises, Emmanuel commence par une charge contre une tentation purement libérale qu'il qualifie de naïve. La solution, selon lui, n'est pas dans une diminution du rôle de l'Etat pour laisser jouer le marché, mais dans une meilleure organisation des aides.
La suggestion est alors la suivante: plutôt que de maintenir un système d'aides éparpillé, il faut "identifier aussi bien que possible, et en particulier sur la base des pôles de compétitivité, les quelques centaines de nouvelles entreprises détenant le potentiel de devenir leaders mondiaux dans leur domaine."
Une fois les heureux gagnants sélectionnés, il suffit de les arroser avec les aides auparavant distribuées trop largement. En effet, "il serait autrement plus efficace de coordonner ces mécanismes en un faisceau concentré sur celles dont le fort potentiel aura été reconnu."
Cher Emmanuel, et si cela était précisément la mauvaise solution? L'Agence pour l'Innovation Industrielle est une imbécilité, tout le monde semble à peu près d'accord sur la question désormais. Mais imaginer un système de labellisation peut être pire encore. Car naturellement, la question qui se poserait alors serait: qui labélise? Et sur quels critères? On retourne avec un tel système sur l'éternel problème des philosophes politiques: qui gardera les gardiens? La véritable révolution démocratique, qu'on eu tant de mal à admettre nos grands parents, est que tout le monde se garde les uns les autres. Merci Montaigne.
Citer Google est particulièrement intéressant, car le cas de cette entreprise hors norme montre précisément les dangers d'une telle approche. Google a débuté en 1997 en arrivant bon dernier sur un marché que tout le monde estimait non seulement saturé, mais totalement sans intérêt. L'entreprise a été créé par deux professeurs nimbus sans la moindre notion de gestion, sans business plan et ils n'ont trouvé un business model qu'en... 2001!!! Jamais Google n'aurait été sélectionné comme "ayant un fort potentiel".
Nous savons trop comment, en France, on sélectionnerait les forts potentiels. On regarderait combien de polytechniciens et d'HEC se trouvent dans l'équipe, on aurait besoin de trouver un équivalent américain contre lequel il faudrait créer un champion français, et le Président de la République viendrait serrer les mains devant les caméras en disant "j'aime beaucoup ce que vous faites".
Rien ne serait pire qu'une centralisation des aides, qui reviendrait à inventer un monopole de la croissance forte dans lequel les gueux - les entrepreneurs sont souvent des gueux, surtout ceux qui finissent par réussir - n'auraient aucune chance. L'histoire récente a, au contraire, montré que ce qu'il faut, c'est maintenir une diversité des sources de financement, et en particulier encourager l'investissement privé. N'en déplaise à certaines élites bien pensantes, c'est en développant le marché, et en ouvrant le système, que nous pourrons créer un écosystème de futurs champions. C'est donc au contraire pour l'éparpillement qu'il faut militer. Qu'un endroit bloque, on pourra aller ailleurs.
Posted by Philippe Silberzahn on septembre 5, 2006 at 10:41 PM dans Opinion | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack
