« décembre 2006 | Accueil | février 2007 »

The Growth Gamble, une pierre dans le jardin de l'innovation

On vous l'a dit et répété, seule l'innovation permet à l'entreprise de croître sur le long terme; l'innovation est donc cruciale pour l'entreprise, sa seule chance pour lutter contre la concurrence des pays émergents. Tous le monde est d'accord là-dessus. Tout le monde, sauf Campbell et Park, deux professeurs à Ashridge Business School, et auteurs de The Growth Gamble - When leaders should bet big on new businesses and how to avoid expensive failures. paru en 2005. Leur constat initial est le suivant: la plupart des entreprises qui lancent des initiatives fortes de croissance sous la forme de grand projet échouent en général. Les auteurs donnent deux exemples parmi tant: McDonald's et Intel. Le cas Intel est particulièrement intéressant car il est l'objet des travaux de Robert Burgelman, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Intel a mis en place un système d'intrapreneuriat permettant à chaque employé de développer des idées qu'il peut avoir. Selon Burgelman, seule cette approche permet l'innovation et donc la découverte de nouveaux marchés. Oui, sauf que Intel a régulièrement échoué dans ses initiatives et n'a jamais réussi à sortir de son coeur de métier qui est le microprocesseur.
Campbell et Park sont d'accord avec Christensen pour dire que l'innovation radicale est source de croissance durable, mais ils contestent la portée de l'énoncé par deux arguments: d'une part, les innovations radicales qui changent les industries n'arrivent pas si souvent que ça. Peut-on dès lors structurer une entreprise pour un raz de marée qui n'arrivera probablement jamais? Mieux vaut, selon eux, bien exécuter l'innovation incrémentale et explorer les pistes de croissance autour de son coeur de métier. D'autre part, se lancer dans une innovation radicale est très dangereux pour l'entreprise, qui sort de son terrain connu. L'attractivité d'une opportunité n'existe donc pas en elle-même, mais toujours en relation avec l'entreprise qui décide de l'exploiter.
Sur cette base, les auteurs proposent un outil intéressant permettant d'évaluer les nouvelles opportunités, notamment sur la base de l'adéquation avec le l'activité actuelle.

La critique de la littérature sur l'innovation est intéressante et les auteurs n'ont pas forcément tort lorsqu'ils expliquent que la révolution ne peut pas être faite tous les jours ni surtout par tout le monde. Il n'en demeure pas moins vrai qu'une entreprise qui ignore cette dimension le fait à ses risques et périls, et les bouleversements ont plutôt tendance à apparaître plus que moins fréquemment. On reprochera aux auteurs notamment une conception passive de l'opportunité: une opportunité, selon eux, c'est quelque chose qui existe 'comme ça', et que l'entreprise peut évaluer. Mais la littérature sur l'entrepreneuriat a précisément montré que c'est beaucoup plus compliqué que ça: une opportunité se construit au moins autant qu'elle se découvre. Pour cela, il faut bien entreprendre des démarches d'innovation, risquées et parfois qui se terminent mal, celles-là mêmes que Campbell et Park déconseillent. Au final, leur prudence quant au 'tout innovation' et en particulier sur les extrêmes de type 'chaos créatif' à la Gary Hamel est bienvenue, mais leur critique de l'importance de l'innovation est néfaste.
A noter, pour les chercheurs, une annexe très intéressante où les auteurs comparent leur travail à celui de plusieurs auteurs dans le domaine des stratégies de croissance.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 29, 2007 at 07:00 AM dans Revues de livres | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

3GSM

Mon entreprise, Digital Airways, sera présente au salon 3GSM, le plus grand événement de la téléphonie mobile, qui aura lieu à Barcelone du 12 au 15 février. Ceux d'entre-vous qui y vont aussi peuvent me contacter. A noter que cette année, nous avons un stand grâce à l'action d'Ubifrance, l'organisme français chargé de l'aide à l'exportation. Ubifrance a réservé un grand stand au salon et sous-loue, pour un prix modique, des stands à différentes startups. Un grand merci à eux et un bon exemple d'une aide gouvernementale ciblée, très utile et très efficace économiquement.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 22, 2007 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Salon du livre d'entrepreneuriat - Jeudi 18 janvier

Encore une excellente initiative: le Salon du livre d'entrepreneuriat organisé par Advancia, l'école des entrepreneurs. 

             Bourse de Commerce
            2 rue de Viarmes 75001 Paris
            de 11h à 19h   - entrée libre -

  • A 11h : cérémonie d'ouverture par Yvon Gattaz
  • A 19h : remise du Prix Advancia-CCIP du livre d'entrepreneuriat par Geoffroy Roux de Bézieux
  • Toute la journée : 60 à 70 auteurs présents, tables rondes, conférences , tous les livres intéressant le porteur de projet, l'entrepreneur aguerri, l'étudiant, le formateur en entrepreneuriat.
  • Présence du libraire Gibert Joseph, des éditions Dunod, Village Mondial Pearson, Du Puits Fleuri, Inforeg, Autrement, et de la Fondation de l'entrepreneurship du Québec.
  • Parce que le bonheur est dans la création, deux artistes, une peintre et une sculptrice exposeront leurs oeuvres.

Je serai présent et j'interviendrai à 17h50 au sujet de notre livre "Objectif: Innovation".
Pour plus d'info, voir le blog d'Advancia.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 16, 2007 at 09:25 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Evénement INT - Innovation et Grandes Ecoles : Enjeux pour la Mondialisation - 19 janvier 2007

Signalons l'organisation d'un événement intéressant réunissant startups et grandes écoles organisé par Didier Tranchier, Professeur d'Innovation à l'INT. Inutile de souligner l'importance de rapprocher le monde entrepreneurial des grandes écoles et universités...
Le pari de l’innovation s’il est vital pour les start-ups apparaît plus risqué sur le plan de la pédagogie :
– A quelles conditions peut-on faire rentrer les Start-ups dans la salle de cours ?
– Quel bénéfice pour ces entreprises ?
– Quel statut théorique accorder à ces nouvelles pratiques pédagogiques ?
Ce pari de la créativité a été conçu au moment même où une forte accélération de l’Histoire reconfigure le monde par le double effet de la globalisation et de la révolution numérique.
C’est dans ce cadre que les grandes Écoles et les Universités françaises devront tirer leur épingle du jeu :
– Déjà, en 1999, à Bologne (Italie), vingt-sept pays européens se sont engagés à harmoniser leur système d’enseignement supérieur.
– Puis c’est l’Europe qui ambitionne de devenir à l’horizon 2010, « l’économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive ».
Cette journée vise à nourrir le débat actuel.
Pour des raisons de places et de sécurité, l’inscription à cet événement est obligatoire, ... et gratuite grâce au soutien des partenaires de l'INT. Pour vous inscrire , envoyez un e-mail à : didier (point) tranchier (at) adelit (point) com. Précisez votre Nom, Adresse, Entité/Entreprise Indiquez si vous restez à déjeuner (buffet gratuit pour les personnes extérieures à l’INT)
Pour plus d'info, cliquer ici.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 15, 2007 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Une brève histoire de l'avenir, Jacques Attali

Voilà un livre que l'on s'apprêtait à lire avec gourmandise: Attali essayant d'imaginer l'avenir à partir de la connaissance encyclopédique qu'il a du passé et du présent. Comme il le dit lui-même, l'exercice est difficile. Nombreux s'y sont essayés, sans succès et parfois avec ridicule. L'ouvrage commence par une magistrale histoire du monde en 40 pages - on n'en attendait pas moins de l'auteur. Attali estime que l'histoire a été structurée par 8 grands pôles qui chacun ont correspondu à une grande innovation. Bruges, Venise, Anvers,  Gênes, Amsterdam, Londres, Boston, New-York et aujourd'hui Los Angeles. Selon lui, de siècle en siècle, l'humanité impose la primauté de la liberté individuelle sur toute autre valeur. Autrement dit,  l'histoire humaine est celle de l'émergence de la personne comme sujet de droit, autorisée à penser et à maîtriser son destin, libre de toute contrainte. L'histoire tend vers l'émergence ce qu'il appelle une démocratie de marché, modèle universel. Sur la base de cette analyse, Attali se lance dans une prédiction de l'avenir.

Et très vite, l'intérêt initial alimenté par la culture et la largeur de vue de l'auteur fait place à la déception. En synthèse, sur la base de l'effondrement des structures nationales et étatiques minées par la démocratie de marché triomphante, Attali prévoit l'émergence d'un hyper-empire qui pourra donner lieur soit à une guerre, soit à une hyperdémocratie. S'ensuivent près de 200 pages de prédictions assez précises, prudemment agrémentées toutefois de "ou peut-être l'inverse". Les prédictions, en elles-mêmes, ne sont pa particulièrement intéressantes. Elles permettent cependant un bon balayage de tous les thèmes d'actualité: nomadisme, émergence d'une classe a-nationale, privatisation croissante des services, affaiblissement de l'empire américain, difficulté de l'Europe à émerger, crises écologiques à venir, etc. Attali n'a rien oublié.

La déception vient de trois raisons. Premièrement, et dans la grande tradition Attali, la culture et la vision trahissent (nécessairement dira-t-on) un manque de profondeur; les prévisions sont fréquemment égrenées sur la base d'approximations. Une par exemple: l'auteur situe bizarrement le huitième coeur à Los Angeles, source de la révolution électronique. Or c'est plutôt à San Francisco qu'il se situe. En outre, Attali écrit: "Certaines entreprises de logiciels deviennent parmi les premières du monde: Microsoft, AOL, Oracle, Google, toutes californiennes" (p.141). Oui, sauf que Microsoft a été créée à Albuquerque, Nouveau Mexique en 1975 avant de déménager à Redmond, dans l'état de Washington. Quant à AOL, difficile de faire moins californienne: elle a été créée en... Virginie, à l'autre bout des Etats-Unis. Quand on connaît la dureté de sa réaction face à un journaliste qui l'avait interrogé sur un paragraphe de son livre en faisant un contresens, on aimerait qu'il applique son exigence de précision sur son propre travail.

Deuxièmement, Attali emploie pour imaginer son avenir une bonne vieille méthode: l'extrapolation. Il prend une tendance, la pousse jusqu'à son terme et hop, voilà l'avenir. Le problème, comme l'ont noté nombre d'auteurs, est que l'extrapolation fonctionne bien pour prévoir l'avenir à condition qu'il n'y ait pas de bouleversement. En clair, rien dans le travail d'Attali ne permet d'anticiper des ruptures.

Troisièmement, cette extrapolation repose sur une hypothèse, celle de l'existence de lois de l'histoire immuables, qui permettent donc de prévoir l'avenir. C'est sans doute ici que l'auteur perd son lecteur. Sans ouvrir le vieux débat sur le sens de l'histoire, il emble difficile de défendre l'existence de lois de l'histoire. Attali trahit en cela un fond marxiste inavoué - bien qu'il ait prétendu dans son livre précédent qu'il n'avait jamais été marxiste. Cela explique qu'il emploie un vocabulaire crypto-marxiste en parlant beaucoup des "forces de l'histoire" et peu des individus. Il en ressort une vision déterministe de l'évolution du monde sur laquelle l'homme n'a pas vraiment de pouvoir: seules les forces agissent. La lecture du livre, vers la fin, devient une litanie de prédictions basées sur l'application de ce modèle exactement comme Marx avait décrit la fin du système capitaliste, avec la même logique historiciste. Au final, un livre inutile et incertain, dont la faiblesse du propos n'est malheureusement pas compensée, comme on aurait au moins pu l'espérer d'un tel auteur, par une profusion d'idées et de concepts.

Une brève histoire de l'avenir, chez Amazon.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 8, 2007 at 07:00 AM dans Revues de livres | Permalink | Commentaires (5) | TrackBack

100.000 Entepreneurs!

Saluons l'excellente initiative prise par l'association Horizons qui consiste à donner l'envie d'enteprendre aux jeunes. Pour cela, elle organise des visites d'entrepreneurs dans les lycées et collèges. Les entrepreneurs présent leur activité, leur passion. L'objectif, au-delà d'une promotion bien nécessaire de l'entrepreneuriat, est d'inciter les jeunes à ne pas avoir peur de l'avenir, et de leur offrir une autre vision de l'entreprise que celle traditionnellement véhiculée en France de manière caricaturale par les syndicats (exploitation des employés) ou la presse (scandales financiers).
Le site de l'opération 100.000 Entrepreneurs: ici. Si chaque entrepreneur accepte de consacrer deux heures à ce projet, l'impact peut être significatif.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 5, 2007 at 06:21 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack