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L'opposition Radical-Incremental n'est pas pertinente

L'opposition entre innovation radicale et innovation incrémentale est un des fondements des théories de l'innovation. Tandis que l'innovation incrémentale consiste à améliorer les produits existants, l'innovation radicale consiste à inventer des nouvelles catégories de produits qui sont à la fois nouveaux pour le marché et pour l'entreprise. Le livre fondateur de Clayton Christensen "Innovator's dilemma" qui, rappelons-le, n'a pas été traduit en français, montre comment les acteurs installés sur un marché profitent des innovations incrémentales mais sont le plus souvent marginalisés à la suite d'une innovation radicale. Par exemple, Kodak a très mal géré l'arrivée de la photo numérique. Initialement, Christensen a posé le débat en termes de technologies, s'appuyant sur la fameuse courbe en S de progression d'une technologie pour montrer comment une technologie dépassait l'autre. Plusieurs chercheurs ont montré que sa thèse ne s'appliquait pas toujours: il y a de nombreux exemples d'entreprises capables non seulement de survivre à une innovation radicale sur leur marché, mais d'en profiter (par exemple IBM ou récemment Renault avec la Logan). L'opposition radical-incrémental est donc intéressante, mais pas opérante pour comprendre la dynamique de réussite sur un marché entre acteurs en place et nouveaux entrants. Plus tard, Christensen est revenu sur la question et a admis que la véritable catégorisation se fait en termes de modèles d'affaire. Ce qui importe c'est de savoir si l'innovation entre en conflit avec le modèle d'affaire de l'entreprise ou pas. Certaines innovations radicales se conforment assez bien au modèle d'affaire en place, c'est le cas de la téléphonie mobile pour les opérateurs télécom fixes: au fond, le modèle est très similaire et les compétences également, même si sur le plan technologique le saut est très important. C'est donc sans surprise que les opérateurs fixes ont réussi à devenir des acteurs du mobile. Si, en revanche, l'innovation radicale entre en conflit avec le modèle d'affaire, alors le "dilemme" joue. C'est par exemple le cas des applications Web commen Salesfore qui menacent un acteur comme SAP. SAP pourrait parfaitement créer une offre Web, mais cela supposerait un modèle (en gros, abonnement mensuel de quelques dizaines d'euros) complétement différent de celui actuel (licence très élevée, prestations de développement et de maintenance, etc.) Christensen a donc adapté sa catégorisation et utilise donc les termes de "disruptive innovation" et "sustaining innovation". Le terme "disruptive" n'étant pas évident à traduire en français, on pourrait dire "innnovation discontinue" et "innovation continue". A noter que l'innovation discontinue peut également être exprimée sous forme d'innovation de modèle d'affaire.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 13, 2010 at 09:35 PM dans Théorie | Permalink

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