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Google: un innovateur en danger?

Plus une semaine sans un article à la gloire de Google; l'enfant chéri de la nouvelle nouvelle économie, celui qui a survécu. Dans un post précédent, nous indiquions le danger que Google représente pour Microsoft avec son système de mail "nouvelle génération". En fait, Google, c'est maintenant bien plus qu'un moteur de recherche hors pair et un service de mail remarquablement bien conçu. Google, c'est en fait un "système Web", c'est à dire un ensemble de services conçus pour fonctionner ensemble et tirer parti les uns des autres.

C'est dans la constitution de ce système que réside la force de Google, pas réellement dans les qualités individuelles, pourtant réelles, de chacun des éléments de ce système. Prenons quelques exemples. Sur la base du succès de son moteur de recherche, Google a développé Adwords, un service de publicité payante qui fonctionne de la manière suivante: l'annonceur s'inscrit gratuitement au service, rédige son annonce et définit les mots clés qui doivent entraîner l'affichage de celle-ci. Lorsque l'utilisateur fait une recherche à partir de ce mot-clé, l'annonce s'affiche sur la droite. Si l'utilisateur clique dessus, l'annonceur paye Google. Il s'agit d'un système remarquablement efficace, et très bon marché pour générer des contacts. Mais il s'agit surtout d'un exemple type de synergie entre deux services de Google. Le système fonctionne en sens inverse comme régie publicitaire: vous publiez un site Web, vous pouvez allouer un espace à Google pour qu'il y affiche ses publicités, qui sont naturellement choisies pour être pertinentes en fonction du contenu de votre site, tel qu'analysé par le moteur de recherche. Chaque fois qu'un de vos visiteurs clique sur l'une d'entre-elles, Google vous verse une commission.
Le "système Web" de Google est donc très puissant, et de nouveaux services viennent s'y ajouter régulièrement, soulignant le génie incontestable de la firme et sa compréhension du Web.
Est-ce que, pour autant, Google bâtit une position solide sur le Web? On peut en douter. On l'a vu, la force de la société réside dans l'interconnexion de ses services, mais elle repose avant tout sur le leadership de son moteur de recherche, qui sert à la fois de produit d'appel et de base technologique. Or ce leadership est désormais contesté par ses concurrents, au premier rang desquels Yahoo, et... Microsoft. Un temps dépassés par la tornade Google (au point que Bill Gates déclarait en janvier 2004 à Davos que Google leur avait "botté le cul"), ils ont depuis réagi en introduisant de nouveaux moteurs de recherche qui marquent un progrès notable par rapport à leurs versions antérieures. Résultat, même si Google reste clairement meilleur, l'écart se réduit. Or Google a absolument besoin de maintenir cet écart, car il n'y a aucun switching cost pour un moteur de recherche: de même que nous avons tous oublié Alta Vista pour Google en quelques instants, et sans un regret, nous pourrons faire de même avec Google pour MSN Search par exemple. Le jour où cela se produit, le système Web de Google sera en grand danger: aujourd'hui, en raison de sa position dominante, Google est le point de passage obligé pour une publicité Internet. Si demain, il ne représente plus qu'un moteur parmi d'autres, nous repasserons dans un système fragmenté qui amoindrira considérablement son intérêt.
Le système Google est brillant, mais il ne repose donc pas sur un avantage durable "à la MS-DOS", sauf si l'on considère que le verrouillage de l'utilisateur est obtenu par une addition de petits verrouillages, au niveau de chaque service. On comprend dès lors la frénésie de nouveaux services lançés par Google, compensant l'absence de possibilité d'un verrouillage "statique", par un verrouillage dynamique, une perpétuelle fuite en avant.

Posted by Philippe Silberzahn on janvier 20, 2005 at 08:00 AM dans Cas d'école | Permalink

Commentaires

"ils ont depuis réagi en introduisant de nouveaux moteurs de recherche qui marquent un progrès notable par rapport à leurs versions antérieures"
alors là j'ai sursauté, il aurait fallu argumenter... et l'histoire a prouvé que c'était faux ^^

là aussi mauvaise compréhension du marché technologique : il ne suffit pas d'avoir la meilleure techno (et ce n'est pas seulement l'algorithme mais les références, l'interface, la présentation avec l'utilisateurs, les services associés...), il faut avoir la plus grande puissance de frappe (les fameuses fermes de serveur de google) et la confiance des utilisateurs

encore une fois, appliquer des raisonnements tous faits peut etre une erreur dans des secteurs aussi pointus...

on ne peut pas etre expert en tout ! ;)

Rédigé par : David | 27 fév 2008 00:06:59

http://www.internetactu.net/?p=5810

Un débat intéressant sur le site de la FING, à propos de l'initiative de numérisation massive des fonds de 5 bibliothèques américaines lancée Google et l'appel à résister de Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF, paru dans Le Monde du 23-24 janvier 2005 et intitulé "Quand Google défie l'Europe".

Il me semble qu'n peut être à la fois d’accord avec Hubert Guillaud et Jean-Noël Jeanneney (c'est mon côté jésuite) : OUI, il faut que les contenus soient “ouverts", NON la domination technologique américaine ne doit pas être une fatalité et il ne faut surtout pas se résigner.

Google pose le même type de problème que le GPS : c’est une technologie de localisation apparemment neutre et nous pouvons tout à fait vivre sous l’ombrelle technologique américaine dans un confort grandissant et un peu anesthésiant.

Mais dès qu’une technologie devient un tant soit peu “pervasive” et commence à générer sa propre économie en créant un nouvel écosystème, il faut se demander quel sera l'effet à long terme de la dépendance technologique de l'Europe vis à vis des USA. Après tout, le GPS est utilisé dans des applications civiles et militaires, comme les moteurs de recherche.

L’histoire récente de Google et des moteurs précédents déjà oubliés (remember AltaVista) montre que la domination écrasante de Google reste intrinsèquement fragile. Faisons en sorte que le prochain Google soit européen et non américain.

La tribune de Jean-Noël Jeanneney ne plaidait d’ailleurs pas uniquement pour un soutien à la numérisation mais aussi pour un soutien au développement technologique des moteurs de recherche et ne sous-entendait pas qu’un effort européen devait être basé sur des standards fermés. De la même manière, le GPS et le futur Galiléo seront interopérables, me semble-t-il.

Rédigé par : Jerome | 4 fév 2005 22:08:14

Un petit post pour compléter :
http://lbervas.typepad.com/anna/2004/11/vive_les_monopo_1.html

Rédigé par : ~laurent | 28 jan 2005 00:54:06

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