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Le péril jaune (2): des grues et des hommes

Voyage à Nanjing pour aller voir un client. Nanjing, c'est une petite ville de six millions d'habitants, située à 300km de Pekin. Les deux villes sont reliées par un train à grande vitesse ultra moderne qui les met à deux heures l'une de l'autre en comptant trois arrêts. Arrivée dans le wagon "ouah, les premières classes sont vraiment magnifiques! Bon, trouvons le wagon 2e classe. Euh, c'est le wagon 2e classe".
Le train part. Deux heures de trajet et durant ces deux heures, par un seul instant - pas un seul - sans voir une grue et un immeuble en construction. Sur 300 kilomètres. Arrivée à Nanjing: une gare magnifique, toute neuve, avec en face un grand parc, tout en verdure.
Les chinois, y causent pas régime spéciaux de retraite ou service minimum, mais on ferait peut-être bien de les prendre au sérieux. En tout cas, l'image caricaturale du chinois exploité tiré de sa campagne pour travailler dans une usine enchaïné à sa table, que l'on voit tous les quinze jours au journal de 20h, faudra s'en méfier.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 28, 2007 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Faut-il sauver les grandes écoles?

Ah voilà un livre qui ne va pas manquer de faire du bruit. Son sous-titre: "De la culture de la sélection à la culture de l'innovation". Là ça nous intéresse.

Voici l'argument du livre: Véritables machines à sélection, les grandes écoles constituent d'efficaces cabinets de recrutement pour le CAC 40, sans être pour autant les moteurs de l'économie d'innovation qu'elles pourraient et devraient être, compte tenu de leurs liens privilégiés avec les entreprises. Leur bonne santé apparente est trompeuse et leur degré de fermeture sociologique insupportable.
Loin de pouvoir rivaliser avec les grandes universités scientifiques et technologiques étrangères - foyers de l'économie de la connaissance et fers de lance de la compétitivité de leurs pays -, les écoles d'ingénieurs sont beaucoup trop petites, fermées et franco-françaises.
La France prend un retard considérable alors que les solutions sont connues : regrouper les écoles en ensembles de taille internationale ; intensifier les liens avec les universités ; accroître la diversité sociale et culturelle ; internationaliser vigoureusement.

Pierre Veltz a été directeur de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et président de ParisTech, qui regroupe dix écoles d'ingénieurs parmi les plus prestigieuses. Il enseigne à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et à Sciences Po Paris. Plus d'infos: http://www.veltz.fr.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 26, 2007 at 07:00 AM dans Revue | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Les Entretiens de Margaux: dynamiser l'innovation en France

Les Entretiens de Margaux constituent un nouveau rendez-vous aux ambitions claires : dynamiser et transformer l’innovation en France en mobilisant ses acteurs emblématiques.

Organisée par deux acteurs de référence du développement économique par l’innovation, OSEO et le Conseil régional d’Aquitaine, cette manifestation réunira les 26 et 27 septembre 2007, 200 personnalités d’exception : dirigeants d’entreprises, scientifiques, financiers, économistes, sociologues, personnalités politiques et spécialistes de l’innovation reconnus pour leur expérience, leur dynamisme et leurs compétences.

Leur mission : favoriser l’émergence de propositions concrètes à même d’inspirer et d’éclairer l’action publique.

Les travaux s’appuieront sur une démarche de systématique de comparaison internationale qui permettra de nourrir et enrichir les travaux par des regards différents, voire de s’inspirer de pratiques développées avec succès chez nos voisins européens, aux Etats Unis ou encore dans les pays émergents.

La participation aux Entretiens de Margaux se fait exclusivement sur invitation. Pour toute demande d’information, adresser un courriel à : [email protected] + tel. 01 44 31 54 46

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 25, 2007 at 10:24 PM dans Evénement | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Le péril jaune (1): protégez nos enfants!

Comment? quoi? qu'apprend-on avec effroi? Que les chinois fabriquent des saletés qui menacent nos enfants? Depuis quelques semaines, la presse occidentale ne rate pas une occasion de relater les incidents qui se produisent sur des produits fabriqués en Chine: peintures au plomb dans des jouets, lits qui étouffent les enfants, etc. Il faut réagir! Il faut une réglementation! Que fait le gouvernement? Il faut lutter contre ces chinois. Interdire leurs produits! Et surtout, les mettre aux mêmes standards que nous!
Car c'est bien évident, jamais une entreprise occidentale, et encore moins une entreprise française, ne prendrait de tels risques avec la sécurité de nos enfants. Vraiment, seuls des étrangers peuvent faire cela.
Oui, sauf que... les entreprises chinoises en question travaillent... pour le compte de bonne vieilles entreprises occidentales, et non des moindres. En fait, toutes les entreprises occidentales font fabriquer leurs produits en Chine.
Reprenons donc le fil de l'histoire. L'entreprise A dit à son sous-traitant chinois: "ce que je fabriquais chez moi pour 50$, fabrique-le en Chine pour 25$; je ne veux rien savoir sur comment tu t'y prends."
Question: qui, dans ces conditions, est responsable de la qualité résultante? Le sous-traitant, qui fait ce qu'il peut et vit sous la menace permanente de perdre le marché dès que ses coûts dépassent de quelques pourcents ceux de son concurrent, ou le "fabricant" occidental ayant pignon sur rue qui prend un air offensé alors qu'il n'a été motivé que par la seule recherche de coûts les plus bas? Avant de se lancer dans une campagne xénophobe contre les chinois, peut-être faudrait-il commencer à balayer devant sa porte.
D'ailleurs, il est intéressant de noter que Mattel, le fabricant de jouets, vient d'exprimer publiquement ses excuses à ses clients, pour une série de rappels de produits, en déclarant que le problème venait non d'une sous-traitance de mauvaise qualité, mais d'une mauvaise conception. Mais ce n'est pas tout. Le PDG a aussi présenté ses excuses... au peuple chinois, selon lui injustement mis en cause dans toute cette affaire. Dont acte... mais de ces excuses, la presse a peu parlé.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 24, 2007 at 07:00 AM dans Actualité | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

Manifeste pour une gauche moderne, par les Gracques

Pour ceux que le débat politique intéresse, voici une lecture très intéressante. Il s'agit du manifeste des Gracques, que l'on trouvera ici. On se souvient que ce groupe rassemble d'anciens collaborateurs de divers gouvernements socialistes.
C'est intéressant parce qu'on y trouve des passages comme:

"La gauche doit être favorable aux entrepreneurs. Elle doit reconnaître l'entreprise comme source de richesses et aussi d'intégration sociale. Le goût du risque est facteur d'innovation et de croissance. Il faut le laisser se déployer pleinement pour créer la dynamique économique dont toute la société a besoin."

"[la gauche moderne] croit que la compétitivité de notre économie et la capacité à générer durablement le plein-emploi dépendent toujours du choix de l'innovation et de l'adaptation plutôt que de la préservation du monde d'hier."

"La gauche doit dire haut et fort que la mondialisation est un progrès."

On y est presque. Quelqu'un peut-il envoyer le texte à François Hollande?

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 13, 2007 at 10:07 PM dans Actualité | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

Quand Carrefour met ses clients en prison

Il y a quelques années, un chercheur américain avait écrit un article mémorable intitulé "Agrafez-vous à un bon de commande". L'idée était pour une entreprise de suivre à la trace un bon de commande pour découvrir la chaîne de traitement et essayer de comprendre les méandres que doivent parfois suivre leurs clients. Peut-être Carrefour devrait suivre la même idée et s'agrafer au parcours de ses clients pour comprendre les situations auxquelles ceux-ci peuvent être confrontés, comme aller en prison, par exemple.
L'histoire est la suivante, et elle m'est arrivée le samedi 18 août vers 13h pour être précis.

Personne n'aime faire la queue à la sortie d'un supermarché. Arrivé aux caisses, j'avise donc des queues fort longues et je me dis tiens, essayons leurs nouvelles caisses automatiques. Je déboîte le chariot et là on m'indique que, non, les caisses ne sont pas pour les chariots. Qu'à cela ne tienne, nous vidons sur le champ le-dit chariot et remplissons autant de paniers que nécessaire. A ce stade, le côté absurde nous fait encore sourire, mais ça ne durera pas. Je m'apprète à passer le chariot de l'autre côté, mais la dame m'indique que, non, le chariot ne peut pas passer, il faut faire le tour par la sortie officielle située dix mètres plus loin. Alors que j'objecte que j'ai devant moi un espace béant sans aucun client et que je pourrais passer, je me vois rétorquer "c'est la règle monsieur". Ma femme entreprend donc de commencer à scanner les articles en tenant comme elle peut le bébé qui s'agite, et je fais le tour pour apporter le chariot de l'autre côté. Les choses ne se passent pas très bien: beaucoup d'articles ne passent pas correctement et nous sommes obligés de les scanner plusieurs fois avant d'entendre le bip qui nous soulage. Le temps passe et nous scannons, nous scannons... Finalement arrivé au dernier article, vient le temps de payer. Et là la machine refuse obstinément d'afficher le bon écran. Nous attendons la dame qui a disparu. Elle revient finalement et débloque la machine. Nous nous tournons vers les articles qui se sont entassés (par chance il n'y a pas de client derrière nous, je comprendrai seulement plus tard pourquoi) et remettons tout dans des sacs que nous avons apportés (oui, comme vous le savez, afin d'améliorer la vie de ses clients, Carrefour ne fournit plus de sac). Voilà, tout est terminé, le bébé hurle de faim, nous sommes passablement fatigués, et c'est alors... c'est alors qu'arrive le vigile: "Bonjour, nous allons vérifier votre caddie". Et de TOUT nous faire déballer. Le contenu entier du chariot est déversé sur le comptoir, et ma femme est priée de justifier chacun des articles qu'il contient. Sachant qu'un ticket de supermarché est à peine plus lisible que l'ancien testament en araméen, l'opération est naturellement longue, fastidieuse et particulièrement désagréable. Le bébé hurle à la mort. Et bien sûr, bien sûr arrive l'inévitable: certains articles n'ont pas été scannés. Regard de triomphe chez le vigile. Des voleurs!!! Oh le butin est bien misérable: une paire de chaussettes, des prunes et une boîte de câpres (pour être vraiment exact, aucun détail ne vous sera épargné). Total; 16€95. Là, j'avoue, je craque. Top c'est trop. Je refuse de payer. Cela fait maintenant plus de 45 minutes que nous sommes ici, et j'indique au vigile que je pars avec le chariot et je laisse les fameux articles "volés". Pas possible. Comme je suis un voleur, soit je les paie immédiatement, soit ils appellent la police. Comme je refuse de parler plus longtemps au vigile - tout cela ne peut être qu'un grand malentendu, il fait de l'excès de zèle et tout ça va se régler bien vite, je demande à parler à un responsable. Ce qu'on me refuse "Et pourquoi vous voulez lui parler au responsable?". Ben oui, quoi, c'est stupide comme souhait. Je me dirige vers l'accueil ou j'explique ma situation et l'employé, très gentil, appelle un responsable. Le responsable... de la sécurité en l'occurence. Bien sûr. Les anglais disent que pour un marteau, tout ressemble à un clou. Et bien pour un responsable de la sécurité, tout ressemble à un voleur. Tu paies, où on appelle la Police, en regardant ailleurs, avec son téléphone à l'oreille. Ma femme et moi nous nous regardons, incrédules. C'est un mauvais rêve. La machine Carrefour s'est emballée, mais on va se réveiller, un individu responsable va arriver et clore tout ça gentiment.

Pas du tout. Un employé de Carrefour qui passe me glisse, compatissant "et si vous saviez comment ils nous traitent, nous!" Eh bien appelons la Police. Elle arrive donc un quart d'heure plus tard. Trois policiers (la prochaine fois que vous appelez en vain le commissariat, sachez que les policiers sont occupés pour aider Carrefour à gérer les relations avec ses clients). Très gentils, et légèrement embarrassés par le ridicule de la situation, les policiers me confirment qu'ils n'ont d'autre choix, si je ne paie pas mes 16€95, que de me passer les menottes et de m'emmener au poste pour enregistrer la plainte. Un policier me confie même "Y a le même système près de chez moi et c'est tout le temps en panne".

Et là j'ai faibli, je l'avoue. Mon bébé hurle de faim depuis une demi-heure, ma femme fait ce qu'elle peut pour le calmer, et je ne me sens pas de jouer les fanfarons et de me faire embarquer par la Police. Ce n'est pas que ça m'aurait gêné outre mesure, mais on imaginera volontiers que ma femme n'aurait peut-être pas eu la même distance sur la question que moi. J'ai donc payé mes 16€95. L'ordre règne de nouveau au centre commercial Créteil Soleil.

Posted by Philippe Silberzahn on septembre 2, 2007 at 09:17 PM dans Cas d'école | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack